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  Messe de minuit et fraternisation à la Caverne du Dragon

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MessageSujet: Messe de minuit et fraternisation à la Caverne du Dragon   Lun 12 Juin - 21:13

post de Drachenhöhle

Voici un témoignage sur les fraternisations et la messe de minuit qui ont eu lieu à la caverne le 24 décembre 1914.

"….Mais j'oublie que je voulais vous parler seulement de la soirée du 24 au 25. Le soleil avait brillé pendant toute la journée. J'avais, avec le lieutenant d'artillerie lourde, observé le tir de nos gros canons sur les tranchées d'Hurtebise et les Boches n'avaient pas manifesté d'activité. le soir venu, nous avons fait à 6 heures un léger repas  car on devait réveillonné ensuite. Pendant le dîner un soldat arrivant de la tranchée est venu nous dire que les allemands chantaient des cantiques. Nous sommes tous montés, quelques instants après, vers le poste d'écoute allemand (..?..) plus près. Nous avions emmené des soldats connaissant bien l'allemand et porteurs de bouteilles où étaient enfermées des proclamations, engageant les Boches à se constituer prisonniers par groupe de quatre, les bras en l'air. Aussitôt arrivés, nous avons entendu une conversation déjà engagée entre deux soldats ennemis qui s'interpellaient par le mot camarade auquel l'un ou l'autre répondaient par un Was? énergique. Le français demandait à l'autre s'il avait du vin, des saucisses et l'invitait à dîner. Komm' zu uns! Pendant ce temps les fusils s'étaient tus sur tout le front et pourtant on entendait des Kamarad énergiques comme les Wass de la réponse. La lune pendant ce temps répandait sa pâle clarté sur les montagnes des tranchées et grandissait les silhouettes lointaines. Peu à peu l'oubli (?) venait et quittant nos abris nous montons sur le talus pour mieux voir nos aimables voisins. Chez eux se manifestait la même confiance. Tout d'un coup, notre interprète nous crie :"cachez vous, ils vont tirer !" A peine le temps de sauter dans l'abri et une salve retentit. Les Boches avaient du recevoir l'ordre de quelque officier mais avaient eu la magnanimité de nous prévenir. Ils auraient, sans cela, fait bonne prise. Quelques minutes plus tard un Kamarad appelle, mais la prudence parle et nous empêche de renouveler l'expérience précédente. D'ailleurs la sauce se gâte; des tranchées boches partent des mots d'argot parisien. Il devait s'y trouver quelques anciens garçons de café ou quelque commis voyageur. A partir de ce moment commença une lutte d'épithètes pittoresques "décroché de la morgue etc…" soulignées par des coups de fusil. Mais le silence est ordonné aux nôtres, tout se tait sauf le fusil. Nous rentrons gaiment dans notre salle à manger pour attendre, en dessous, l'heure de la messe de minuit ou plutôt de 10 heures. Dans l'après-midi nous avions construit un autel dans la galerie centrale, vers le fond. des toiles de tente plissées, formaient le fond. Un petit Jésus enfant, en plâtre, quelques bougies constituaient tous les ornements de l'autel. A 10 heures, l'abbé Narp est venu accompagné du colonel et du médecin-chef. Un capucin et quelques prêtres soldat, confessaient dans un coin puis la messe a commencé dans le recueillement le plus absolu. Le père Narp a adressé quelques paroles qui ont fait coulé les larmes, puis le minuit chrétien, le gloria, Il est né le divin enfant ont fait retentir les voûtes de la creute. Et il était bien drôle de songer que peut-être au-dessus de nous un autre prêtre invoquait le même Dieu et lui demandait aussi de donner la victoire à ses armées. Après la messe j'ai demandé au père Narp et au colonel de perpétuer le souvenir unique de cette cérémonie par une photographie, ce qui a été immédiatement accordé. Un lieutenant du génie m'avait fait disposer un support pour le magnésium et les appuis. Le magnésium était emprunté à une fusée éclairante à parachute. La photographie que j'ai développée, sans être une merveille, par suite de mon inexpérience de la lumière artificielle n'est pourtant pas mauvaise et je vous en enverrai une bientôt.
Après la messe, réveillon très gai dont voici le menu:

Grand Hôtel de la Creute
Menu
Potage à l'enfilade
Huitres d'Hurtebise
Hors d'oeuvre des Alliés
Pâté en jambon
Marmite de foie truffé
Tranchée de boeuf
Shrapnell de Soissons
Desserts en rafales
Café
Havanes "75"
Vins
Château Blanc Sablon
Moulin de Vauclerc
Champagne explosif
Orchestre Rimaillo-Lebel



Vous voyez , par l'éloquence de l'énumération, les richesses de notre table et la solidité de nos appétits. Et voilà ce qu'est un réveillon tout à côté des Boches, qui en faisaient certainement autant de leur côté avec les victuailles pillées en Belgique et dans le Nord de la France.
Après le réveillon nous sommes tous remontés aux tranchées et avons pu entendre dans le lointain des conversations des Boches avec les soldats du 49° ou du 34°. Et joyeusement nous avons regagné les uns Vassognes, les autres la Creute où le lit dont je vous ai parlé nous attendait avec son moelleux sommier."

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