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 Une fraternisation sur le front de l'Aisne en 1914

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Date d'inscription : 18/02/2008

MessageSujet: Une fraternisation sur le front de l'Aisne en 1914   Lun 12 Juin - 20:09

post de Drachenhöhle

7ème corps Corps d’armée
14ème division
27ème brigade
60ème régiment
Le 19 novembre 1914, 14 heures.
Le chef de bataillon Poupinel, commandant le 2ème bataillon du 60ème régiment d’infanterie à Monsieur le colonel commandant le régiment.
J’ai l’honneur de vous rendre compte de l’incident ci-après survenu vers midi aux tranchées sud de Saint-Victor (distante en moyenne de 60 à 80 mètres de la ferme).
Vers midi 15, je recevais du commandant de la 5ème compagnie du 60ème occupant la tranchée  précitée un compte rendu téléphonique me disant sommairement que des soldats allemands étaient sortis sans équipement de leurs tranchées et que deux soldats français étaient entrés en conversation avec eux.
Je me rendis immédiatement sur les lieux. Je trouvais toute la 5ème  compagnie, alertée, aux postes de combat ainsi que les hommes du 44ème qui à l’extrémité ouest de la ligne assurent la liaison entre les deux régiments 44ème et 60ème.
Le lieutenant Couté du 44ème s’avance vers moi et me fit le compte-rendu suivant :
Toute la matinée les sentinelles du 60ème en surveillance à la tranchée la plus à l’ouest du secteur du 60ème avaient remarqué l’attitude anormale de certaines sentinelles allemandes qui de temps à autre apparaissaient montrant ostensiblement le buste et sans équipement ni fusil (ce fait vous a été signalé à votre visite de ce matin dans le secteur) au moment où fut apportée la soupe, un officier allemand  (ou supposé tel) sortit tout à coup de la tranchée. Il était sans arme et étendant les bras en croix. Il cria en français à très haute voix “venez donc, sortez comme moi, nous causerons”. Je fis venir le caporal Monnier de mon régiment qui causant bien l’allemand entendit plusieurs hommes répéter en allemand dans la tranchée ennemie :
“Venez, n’ayez pas peur, nous ne tirerons pas”.  L’officier allemand avait toujours les bras en croix, il était sans aucun équipement et sans arme apparente.
J’appelai au poste de combat, la 5ème compagnie du 60ème en fit autant et les tranchées furent garnies comme an cas d’alerte.
Le caporal Monnier invita alors l’officier prussien à s’avancer. Celui-ci se mit à ce moment à écrire quelques mots sur une feuille de papier, qu’il alla à une vingtaine de pas en avant de ses lignes déposer sur une betterave en répétant “Venez chercher ce papier, n’ayez pas peur, nous ne tirerons pas”.
Le caporal Monnier décida d’aller chercher le feuille en question. Toute la 5ème compagnie fut prévenue d’être prête à tirer. Le caporal s’avança. A ce moment sortirent des tranchées allemandes une douzaine de soldats sans aucun équipement, ni armes comme leur officier, auprès duquel ils se groupèrent, sans aucune apparence hostile. Monnier prit la feuille de papier dont il a été parlé (c’est la feuille ci-jointe). L’officier prussien se mit à causer en très bon français avec le caporal du 44ème, lui disant que lui et ses hommes avaient assez de la guerre, qu’ils étaient arrivés tout récemment du Schleswig-Holstein. Il ajouta cette phrase :”Si dans deux ou trois jours vous n’avez plus tiré sur nous, nous viendrons.” Puis il serra les deux bras du caporal et lui tendit les deux journaux ci-joints avec un paquet de cigarettes. Le caporal Monnier fit demi-tour et revint sans se hâter. Pendant qu’il regagnait sa tranchée, un homme du 60ème, le caporal Jacquin de la 5ème compagnie s’avança vers lui en lui demandant de retourner auprès de l’officier prussien toujours debout pour tâcher d’avoir des nouvelles du corps de son cousin le lieutenant Mettetal  du 60ème tué le 12 novembre. L’officier prussien déclara qu’il allait immédiatement faire toutes les recherches nécessaires. Sur ce dernier incident chacun regagna ses tranchées.
Je fis confirmer par le caporal Monnier le compte-rendu ci-dessus que je poste à votre connaissance, bien que les intéressés appartiennent à l’autre régiment de la brigade, parce que les faits se sont passés sur mon secteur et ont amené l’alerte de toute une compagnie de mon bataillon.
J’en tire cette conclusion, que quelque interprétation que l’on puisse faire de la conduite anormale des groupes prussien dans la circonstance, nous devons redoubler de surveillance et ne nous laisser aller à aucune imprudence. J’ai donné l’ordre formel qu’aucun homme désormais ne sorte des tranchées et qu’également aucune conversation ne soit suivie entre les tranchées allemandes et françaises en dehors de ma présence.
Toutefois je ferai en sorte que dans les tranchées les plus voisines des postes allemands se trouvent toujours des hommes comprenant bien l’allemand.
J’ajoute les renseignements suivants recueillis par le caporal Monnier :
Les Allemands ont sur leur patte d’épaule le n°31. Ils ont tous l’air très jeune, ils sont à de très rares exceptions près imberbes. L’officier a déclaré avoir été deux années en France, pays qu’il aime beaucoup!! Lui aussi a l’air très jeune. Les hommes sont sales. Ils sont très bien pourvus de vivres, de tabac et de chocolat.
Vu et transmis à monsieur le général commandant la 27ème brigade.

L’incident relaté ci-dessus n’est pas ordinaire et mérite quelques attention, bien qu’au fond il  prépare, peut-être, quelque guet-apens dont les Allemands sont coutumiers? Toutefois, il n’était  pas sans intérêt  de constater que probablement le contingent en face de nous appartient à la province de Schleswig-Holstein, pays annexé dont les sentiments nous sont très favorables.
J’estime indispensable de redoubler de surveillance et de n’admettre aucun pourparler sauf  à recevoir, s’il y a lieu, un parlementaire dans les formes réglementaires.
Le Colonel Commandant le 60ème régiment.

Lorsque le général commandant la 27ème brigade a eu connaissance de cet incident, il s’est rendu dans les tranchées en face de Saint-Victor, a vu encore des Allemands qui, de leurs tranchées, faisaient des gestes. Vers 15 heures le même officier allemand est sorti et a offert des papiers qu’il disait être ceux du lieutenant Mettetal.
Le renouvellement de toute scène de ce genre ayant été formellement interdit par le général, cet officier se retire en déclarant qu’il reviendrait demain à 9 heures. Dans la scène de ce matin, il n’y avait aucune menace de guet-apens immédiat, puisque les Allemands sortis de leurs tranchées sans armes étaient nombreux tandis que nos tirailleurs étaient restés dans les leurs, prêts à tirer. Mais il n’est pas douteux que ces avances soient faites avec l’assentiment du commandant ou provoquées par lui; le fait que l’officier allemand ait pu rapporter les papiers du lieutenant Mettetal le prouve avec évidence.
Quoiqu’il en soit, le général a sévèrement admonesté ceux qui avaient pris part à la scène dont il s’agit et il a immédiatement donné l’ordre dont copie ci-jointe à la présente note.
Sauf ordre contraire du commandement, l’officier allemand, s’il se présente demain à 9 heures, sera averti d’avoir à se présenter comme parlementaire ou à se retirer immédiatement. Toute nouvelle tentative sera reçue à coups de fusil.
Le 19 novembre 1914
le général commandant la 27ème brigade.
Ci-joint la note de l’officier allemand et deux journaux.

“Au commandant des Français auprès du la champ de bataille du 12 nov.
19 novembre 1914
Monsieur mon camarade!
Plusieurs de vos braves soldats sont encore avant vos lignes de tirailleurs et avant les nôtres. Je vous prie de fixer un temps pour les enterrer. J’ordonnerai à mes soldats de ne pas tirer et je vous prie d’arranger le même. Répondez s’il vous plaît à ma lettre.
Votre camarade
Peters
Lieutenant.”

7ème Corps d’Armée
14ème Division
27ème brigade d’infanterie
19 novembre 1914
Ordre de la brigade N°1

Sur des avances faites par les Allemands occupant la ferme de Saint-Victor, des conversations ont été engagées entre les Allemands et les défenseurs des tranchées de la tête de sape de l’attaque N°1.
Le Général rappelle que toute manifestation de ce genre est formellement interdite sous peine de conseil de Guerre. Les seules relations avec l’ennemi autorisées sont définies par les articles 88 et 89 du décret sur le service des armées en campagne  (parlementaires et déserteurs).
Des théories seront faites immédiatement, même et surtout aux unités occupant les tranchées de première ligne, sur les dispositions de ces articles et tous seront mis en garde contre les dangers de semblables agissements, qui cachent de véritables guet-apens.
Toute nouvelle tentative de  cette nature de la part de l’ennemi sera reçue à coups de fusil.
Général Nivelle.



7ème Corps d’Armée
14ème division
27ème Brigade
Le 20 novembre 1914
Le chef de bataillon Poupinel commandant le 2ème bataillon du 60ème d’Infanterie à Monsieur le Colonel commandant le Régiment.

Aujourd’hui à 9 heures s’est produit le fait qu’avaient annoncé les Allemands de la ferme Saint-Victor hier, de la remise par eux des papiers du lieutenant Metesal
J’accompagnais le Général commandant la division et le général de brigade quand on vint me prévenir que des Allemands sans armes ni équipement sortaient de la ferme Saint-Victor, en levant les bras, en montrant des papiers  et en criant “Lieutenant Metesal”
Je fis alerter la 5ème compagnie et me rendis à la tête de sape 1. Je vis ranger contre le mur de la ferme, en véritable cible, une quinzaine de soldats allemands, sans aucune arme. En avant de ces hommes, deux Allemands (dont l’un au moins m’a paru évidemment un officier) attendaient. Ils étaient au bord du chemin passant à une vingtaine de mètres au sud de la ferme.
Le caporal Jacquin de la 5ème compagnie du 60ème d’Infanterie, cousin du Lieutenant Métesal et dont le nom a été cité dans mon rapport d’hier se porta alors en avant sans armes.
Il avait à la main un journal français “Le Matin”, auquel était épinglé un billet disant en substance et d’une façon  anonyme :
1°) Merci pour la remise faite des papiers du Lieutenant.
2°) Que l’attitude des Allemands depuis la veille, non conforme à celle que doivent avoir des belligérants ne serait plus toléré et qu’à partir de 10 heures, le feu serait impitoyablement ouvert sur tout soldat allemand se montrant en quelque terme que ce soit.
3°) Que pour se rendre ou pour converser, le cas échéant, des règles précises sont établies et connues dans toutes les armées et que seul un parlementaire se présentant dans les formes définies serait respecté.

Le Caporal Jacquin s’avança jusqu’aux deux Allemands isolés. De ceux-ci, l’un d’eux parlant français (le même qu’hier) remit à Jacquin les papiers du lieutenant Métesal ( quelques lettres personnelles, une médaille, un trousseau de clés et le billet ci-joint avec deux journaux). Il reçut le journal français et le papier y attaché (sic). Il déclara qu’il attendait une réponse impatiemment au sujet des cadavres français, que si nous le voulions, les Allemands enterreraient eux-mêmes les soldats français tombés entre les deux lignes de tranchées.
Jacquin répondit qu’il n’avait pas qualité pour donner une réponse que celle-ci si elle (??) parvenait  serait adressée dans les formes internationales connues. Il insista ( je lui avais fait cette recommandation spéciale) sur la conduite que nous entendions tenir à l’avenir.
Chacun revint ensuite dans ses lignes.
Je signale particulièrement le point suivant : Personne ne s’est montré au-dessus des tranchées françaises, hormis Jacquin et moi qui sortis complètement la tête pour bien suivre l’incident. Les Allemands au contraire ( une quinzaine environ) étaient rangés contre les débris de la ferme, en une véritable cible vivante, sans aucune arme. Aucun ne pouvait échapper à nos coups si nous l’avions voulu.
Signé : Poupinel.

Vu et transmis à Monsieur le général commandant la 27ème brigade.

87/5
Les Allemands du secteur Saint-Victor paraissent très désireux de faire enlever les cadavres de nos braves soldats tués les 12 octobre, qui bordent immédiatement leurs tranchées et dont la vue peut avoir une influence déprimante pour leur troupe, en même temps que leur décomposition va les mettre avec l’obligation de s’éloigner  à quelques distances de cette zone
L’aspect de  ces cadavres est pour nous également une vue désolante et il y a grand intérêt, au point de vue moral et au point de vue sanitaire, à ce qu’ils soient exhumés.
En raison de cette situation spéciale, il semble qu’une trêve de quelques heures peut être consentie, l’enlèvement des corps serait opéré par les brancardiers des deux nationalités.
Le 20 novembre 1914
Signé : le Colonel commandant le 60ème régiment.


Le papier épinglé au journal “Le Matin” portait exactement ceci : “Nous ne pouvons vous recevoir que comme parlementaires, déserteurs ou prisonniers. Si vous venez comme tels, vous serez bien reçus. Mais de toute autre façon, n’essayez plus d’entrer en conversation avec nous car nous tirerons sur vous et sur tous ceux qui se montreraient”.
Il ne pouvait être question en effet, après ce qui s’était passé la veille, d’agir en traître et de tirer immédiatement sur les Allemands qui se présentaient. Ils sont maintenant prévenus que toute manifestation de ce genre ne serait plus tolérée et des ordres formels, conforme à l’ordre  de la brigade communiqué hier, ont été donnés à ce sujet.
L’attitude des ennemis a du reste été parfaitement correcte, puisqu’ils se sont bornés à remettre les papiers du lieutenant Metesal et à proposer l’enlèvement des morts couchés entres les deux lignes de tranchées.
Sur ce dernier point, le Général émet un avis très favorable, conforme à celui du Colonel, et demande à ce sujet les ordres de l’autorité supérieure.
le 20 novembre 1914
Signé, le Général commandant la 27ème brigade. R. Nivelle.



Avis du Général de Division
Les agissements insolites de ces Allemands ont pu surprendre nos troupes et leur faire croire que les ennemis voulaient se rendre prisonniers. Sans cela le fait d’avoir causé avec eux serait sans excuse et mériterait une punition.
Les ordres donnés par le général Nivelle empêchant que de pareils faits se reproduisent.
Le 20 novembre 1914
Le général commandant la 14ème division.
Vu et transmis à titre de compte-rendu à monsieur le général commandant la 6ème armée.

Avis du Commandant de Corps d’Armée
Le Général Nivelle a relevé comme il convenait la grosse faute militaire commise pour ignorance certainement et dans un moment de surprise en face de Saint-Victor. Semblable manifestation des Allemands sera reçue à l’avenir à coups de fusil.
20/11/1914
7ème corps d’armée
Etat-Major
2ème bureau
N°419

7° Corps d’armée
Etat-Major
2ème bureau
QG de Montigny l’Engrain, le 20 novembre 1914
Note
Un officier et des soldats allemands sortant, sans armes apparentes, de leurs tranchées sont récemment entrés en conversation avec les troupes qui occupent nos tranchées de première ligne. De pareils agissements se sauraient être tolérés; le règlement définit la manière dont doivent être accueillis les parlementaires et les déserteurs; il ne permet aucune autre espèce de relations. Ces manœuvres des Allemands cachent, sans aucun doute, des tentatives de surprise et de guet-apens; si elles se reproduisent, le Général commandant le Corps d’armée donne l’ordre formel de les accueillir à coups de fusil.
Le Général de Villaret, commandant le 7ème corps d’armée.
P.O. le Chef d’Etat-Major
Signé : Sérot-Alméras.

A moins d’ordres contraires que vous me feriez parvenir avant midi, j’ai prescrit que sans entente préalable avec les Allemands, une section du groupe   de brancardiers, précédée du drapeau de Convention de Genève, irait à midi enlever les morts en avant  des tranchées, et les ramener dans nos lignes où ils seraient inhumés. Toute conversation entre les brancardiers et l’ennemi sera interdite.
 Le 21 novembre 1914, le Général commandant la 14ème Division. Faes

21 novembre
Avis du  Gle du C. d’Armée
La solution proposée par le Général commandant la 14ème Division ne me parait pas devoir être acceptée. Le personnel  poussé en avant pourrait être aisément enlevé et fait prisonnier. Nos morts ne peuvent pas avoir de meilleur lieu de repos que le terrain même où ils sont tombés, même s’ils y restent sans sépulture.

21 novembre
Conversation téléphonique
Commandant  Dutil  au Lieutenant Colonel  chef d’Etat-Major du 7ème  Corps.
Le Général commandant l’armée approuve les conclusions du Général commandant le 7ème Corps. Aucune négociation avec l’ennemi ne peut avoir lieu en dehors des formes prescrites pour l’envoi des parlementaires. Les conversations de tranchée à tranchée sont rigoureusement interdites. Toute avance de l’ennemi sera accueillie à coups de fusil.
S.H.D.
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