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 Lettres de poilus

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MessageSujet: Lettres de poilus   Lun 12 Juin - 19:41

post de Vléo

Bonjour à tous,

C'est avec plaisir que j'ouvre ce post pour vous presenter certaines lettres de mon arrière grand père et du reste de ma famille.

J'ai tapé les plus intéressantes (si je devais tout taper j'en aurais pour des semaines, j'en ai plusieurs boites!)

Peut être que certains les ont déjà vu sur le forum Ajouter au dictionnaire. Etant donné que nous sommes sur un forum dédié à 14-18 il est naturel pour moi de vous les presenter.

On commence avec celle ci. Mon arrière grand oncle (Paul) qui, dans cette lettre, raconte mon arrière grand père (Pierre) un épisode dans les tranchées.
L'écriture n'étant pas simple à déchiffrer il y a quelques fois des (?).

P. P 26eme RI 2eme compagnie

24/5-1915

Mon cher Pierre,

J’ai reçu hier seulement ta carte du 12, je suis aux tranchées depuis 10 jours et en première ligne depuis 4 jours nous allons sans doute (être relevé) cette nuit, mais nous n’avons que 200 mètres en arrière où nous sommes bombardés.

Je n’ai pas pris part à l’attaque du 9 et j’étais en relève, heureusement pour moi, à la compagnie où je suis il y a eu 20 survivants sur 190 hommes et à peu près pour 20 blesses, le régiment a perdu près de 700 hommes dont beaucoup de morts. L’attaque a superbement marché à notre droite et plusieurs compagnies on put prendre pied dans les tranchées allemandes. Les compagnies ont dû fauchées en montant à l’assaut d’un fortin allemand où il y avait plus de 10 mitrailleuses et cela en plein jour, à 10h du matin. L’artillerie croyait avoir démolie complètement les tranchées allemandes, mais un fortin est blindé et ils ont dû clapés où ils se réfugient pendant le bombardement. Tous nos braves commandants, officiers en tète sont tombés à quelques mètres des (râteaux ?) boches. Et ces bandits se sont acharnées sur leurs cadavres certains on reçut plus de 200 balles dans le corps ils ont achevés les blesses à coups de mitrailleuses, les quelques survivants ne savent comment ils ont pu en échapper, ils sont restés toute une journée au milieu des champs.

Vendredi soir je suis allé volontairement, pendant la nuit aider quelques camarades et aller chercher leurs amis devant les tranchées boches. Ce n’est pas trop dangereux mais ce travail est trop pénible car les corps sont en décompositions et le (luivier ?) sanitaire ne nous donne aucun désinfectant. Nous n’avons pas pu continuer ce travail au jour à par bruit de la fatigue et d’un trop beau ? de lune.

La journée nous sommes violement bombardés par un train blindés boche, il nous envoi du 155 et du 210, nous tenons mais à chaque instant nous nous attendons à être envahit.je te promets que les heures paraissent longues et qu’on a le temps de songer à toute la famille. Ces moments sont très pénibles et surtout très démoralisant. Samedi ils nous ont bombardes durant 4 heures de temps avec du 77-105 et 155 sans nous faire aucun mal. Nous nous attendons à des contres attaques la nuit il ne faut pas dormir, nous n’avons pas de file de feu et nous craignons qu’ils viennent nous (?). Je viens de faire une demande pour aller aux pompiers à Paris, on rappelle quelques (?) pour aller incendier les tranchées boches. J’ai retrouvé quelques camarades qui (opèrent) avec nous. Je ne sais si je réussirai. Je n’ai pas de nouvelle de la famille, je leur ai écrit dernièrement, Adélaïde m’en donne de temps à autres, elles doivent être bien occupées avec toute la petite famille.

Tous les hommes sont malheureux de ne pas avoir de vin
Je vais bien mais je souffre un peu de ma 1ere blessure.
Je reçois bien régulièrement des nouvelles de Lucienne et de tous.

Donne ma nouvelle à P, je t’embrasse de tout cœur et bon courage
Paul
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MessageSujet: e   Lun 12 Juin - 19:41

Voila une nouvelle lettre!

Encore mon arrière grand oncle Paul mais cette fois ci a sa belle sœur, mon arrière grand mère.

3 octobre 1915,

Ma chère Germaine,

J’ai bien reçu votre carte du 28 septembre. Je suis toujours en bonne santé et sain et sauf. Vous aurez sans doute reçu ma carte lettre envoyée ces jour passés.

A la suite de l’attaque, pour me récompenser de ma conduite je viens d’être nommé caporal et proposé pour la médaille militaire. Je me suis emparé d’une mitrailleuse et fait des prisonniers. Ma proposition à je crois beaucoup de chance de réussir. Je ne connaitrai le résultat que dans un mois, car maintenant c’est très long et très difficile d’obtenir la médaille militaire. Enfin le principal est de renter en bonne santé.

Hier j’ai failli être asphyxié par le gaz ! j’étais allé chercher la soupe et on était un peu malade, et nous avons tous rendu notre mangé. Ce sont les yeux qui en souffrent le plus.

On occupe actuellement des tranchées boches, nous y avons trouvé pas mal de saucissons, pâtés, confiture et beurre qui étaient aux allemands. Le pain KK est très bon. Ils avaient aménagé pour y passer l’hiver malheureusement pour eux ils n’ont pas pu y rester.

J’aurais tellement de choses à vous raconter, que je ne sais pas par où commencer. Ici c’est la guerre partout et avec pour les engins : fléchettes, grenades, bombes, obus et même sous terre puisqu’on fait sauter journellement des mines.
Je m’attends à être rappelé aux pompier on a demandé les noms de ceux qui avaient fait leur service à Paris je serais heureux d’aller quelques temps à Paris.

J’ai eu hier une carte de Lucienne, elles vont bien et ne vont pas tarder à rentrer à Paris. J’ai écrit à Pierre au jour. Je pense que vous êtes toutes en bonne santé. Je ne sais pas si je pourrai avoir une permission, elles sont ? pour le moment.
Bon courage et patience, priez bien pour nous tous. Bons baisers à ma petite Simone amitiés madame C. , je vous embrasse bien affectueusement Paul.
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MessageSujet: e   Lun 12 Juin - 19:42

Petit plus Very Happy

Il y a encore quelques jours nous avons tous bien mangés pour le nouvel an! Pendant la guerre les soldats avaient droit a un petit quelque chose.
Ici je vous présente une lettre de mon arrière grand père ou il raconte a sa femme son nouvel an. Surprise il y joint le menu du 1er janvier.  
Il était au fort de Lachaux dans le 9eme régiment d'artillerie à pied, 7eme batterie.


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MessageSujet: e   Lun 12 Juin - 19:43

Aujourd'hui encore une très belle lettre de Pierre.

Le 30 septembre 1915.

Mon cher Pierre,

Je suis en retard pour te donner de mes nouvelles. Tu as dû voir dans les journaux que nous avons eu de chaudes journées dans mon secteur. Enfin grâce à Dieu je m’en suis tiré à bon compte, et nous avons vu nos efforts couronnés de succès. Depuis 3 jours nous étions dans une tranchées boches luttant continuellement à coups de grenades. Nous avons eu pas mal à souffrir des fléchettes et des bombes qui sont très meurtrières. J’ai été miraculeusement protégé le 26 au soir, alors que je venais de quitter la tranchée il est tombé à ma place plusieurs fléchettes touchant 11 hommes. Hier après-midi J’ai eu 2 camarades intimes tués à côté de moi par des obus. Je crois mon cher Pierre que la St Vierge m’a miraculeusement protégé. C’est bien triste je ? et de voir ses meilleurs amis disparaître les uns après les autres. Sur 34 partis à l’attaque le 25 nous restons environ 12, heureusement que plusieurs ne sont que blessés.

J’ai le plaisir de t’apprendre que je suis proposé depuis hier pour la médaille militaire ainsi que mon sergent, nous sommes seuls à la compagnie. J’étais avec lui chargé du nettoyage des tranchées et de ramasser les prisonniers. Je me suis emparé d’une mitrailleuse et lui de 2 autres. J’avais fait prisonnier et avais eu pitié de 2 mitrailleurs, l’un était blesse et l’autre s’est jeté à mes pieds en me montrant son alliance. Je ne leur ai fait aucun mal mais je crois qu’ils ont été tués après par quelques écervelés je savais déjà avant l’attaque que je serai proposé pour la médaille militaire pour être allé porter secours à des blessés ensevelis et également pour mes blessures. Je suis heureux pour moi et pour toute la famille. Je préfère que ma proposition ne soit envoyée que ces jours, car au lendemain d’une attaque elle a beaucoup de chance d’être accepté. Ce sera assez long mais enfin le principal est d’être proposé. Je serai sans doutes nommé caporal un de ces jours, je ne voulais pas des galons mais puisqu’ils me proposent pour la médaille militaire je suis obligé de les accepter.

Nous sommes au repos en 2eme ligne dans une ancienne creute boche, toute (?) et (?) à 6 mètres de profondeur. Je comprends qu’avec des trous pareils ils ne craignent pas nos 75.

J’espère mon cher Pierre rentrer à Paris tout pur, tu vois que cette fois j’ai de la chance et que tout va me réussir. Le 23 on a réclamé au corps le nom des hommes ayant tentés aux pompiers. Je m’attends à être rappelé pour mission spéciale d’un jour à l’autre. Enfin attendons un peu et prenons courage, je suis heureux qu’on ait enfin songé à me récompenser. J’ai confiance en la St vierge qui me protègeras comme par le passé.

J’ai reçu hier une lettre de l’oncle Casimir, j’ai reçu une photo de Constant (leur frère qui est prisonnier dans un camp en Suisse) , j’ai eu des nouvelles de Marie et de Gaspard. Je pense que tu es toujours en bonne santé ainsi que Simone et Germaine. Lucienne m’a écrit au jour et elle va bien, elle rentrera à Paris ces temps-ci.

Pries bien pour moi et pour le (Grand ?), je crois qu’il est moine (epoli ?) maintenant aux prisonniers. Bonne chance toujours je t’embrasse de tout cœur.
Paul
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MessageSujet: e   Lun 12 Juin - 19:43

Voici une petite photo de famille.
Surement prise pendant ou juste après la guerre car l'enfant est né en 1914.
A gauche (en bas) mon arrière grand père Pierre, au centre sa femme Germaine et sa fille Simone qui est née debut de guerre et à droite Paul.

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MessageSujet: e   Lun 12 Juin - 19:44

Dans la dernière lettre Paul disait à Pierre qu'il avait eu des nouvelles de son frère Constant. Dans cette lettre petit retour sur la disparition de Constant debut 1915.

Petite anecdote, Constant a pris une balle dans le poumon (je ne sais plus lequel) lors de la bataille de Soissons. Dans la famille on dit qu'il aurait passé des heures dans la boue avant d'être récupéré par la croix rouge allemande. Après avoir été soigné (il perd son poumon touché) il est envoyé dans un camp de prisonniers en Suisse pas très loin de la frontière française (vers Jougne). Sa femme habitant Jougne, ils vont très souvent se voir et faire passer des nouvelles.
J'ai une photo de lui en compagnie de soldats anglais et russes dans ce camp. Malheureusement elle est dans ma maison de vacances. Il faudra attendre avant de la voir...

Voila le plus intéressant bounce

Rennes 30/1/ 1915

Mon cher Pierre,

J’ai reçu ta gentille carte, j’ai été heureux d’avoir de tes nouvelles, j’ai reçu en même temps des lettres de Jougne, Mery, Dole. Germaine m’avait écrit ces jours passés.

Hier j’ai reçu une carte de Victorine m’annonçant que notre cher Constant est disparu à la suite des violents combats de Soissons. Maurice Mair leur a écrit qu’il n’avait pas revu Constant après les combats de Soissons, les camarades de Constant l’ont vu tard dans la soirée du 13, peut-être est-il blessé et prisonnier ! Enfin ne nous décourageons pas et espérons que Dieu l’aura protégé s’il était au moins comme moi blessé et soigné en terre française c’est bien triste après une si longue campagne. Enfin prions la st Vierge qu’elle le protège et nous le conserve sain et sauf. Ces combats ont parait-il était très meurtries, notre brave 60eme a bien souffert, on en compte 1700 lors de combat. Je m’estime heureux d’être au 26.
J’ai quitté la clinique a la (lagelle). Je suis dans un hôpital de convalescents, nous allons du reste retourner dans un autre hôpital car la caserne où nous sommes va être occupée par l’armée anglaise.

Je n’ai pu rester à la (lagelle) car on ne conserve que les grands blessés. Où nous sommes c’est un peu (calme ?), ça ne vaut pas la clinique, le régime n’est pas trop mauvais, du reste ça vaut mieux que les tranchées, et je vais tacher d’y rester le plus longtemps possibles.

Mon œil est guéri, J’ai encore un peu d’inflammation ce n’est rien, pour le bras tout va bien on me fait des massages. A la main j’ai une petite plaie qui souffre un peu, il était resté dedans quelques éclats d’obus. J’ai été blessé le 13 janvier dans le milieu du fer à cheval au nord d’Ypres. Nous étions en 1ere ligne depuis 3jours et nous n’avions plus qu’un jour à rester là-bas. J’étais au petit poste avancé avec 9 hommes, nous étions à peine a 90 ou 100 mètres du petit poste allemand, qu’ils ont évacué lorsque leur artillerie nous a canonné. Ils nous ont envoyé 4 obus de 77. Le premier a éclaté dans la butte de terre, j’étais debout dans la tranchée, j’ai reçu la décharge de poudre et la terre en pleine figure, c’est avec celui-là que j’ai l’œil brulé. J’ai été projeté en arrière. Le 2eme obus est tombé au milieu de la tranchée, la séparant en deux et faisant effondrer le toit en bois et la terre qui était dessus. Heureusement que j’ai quitté ma place sinon j’étais enseveli, je n’ai pu ni retrouver mon sac ni mon fusil et ma musette. C’est cet obus la qui m’a envoyé des mottes de terre et le culot lui-même m’a frappé le bras, heureusement qu’il était amorti par la terre et qu’il n’était pas éclaté, enfin un 3eme et 4eme sont tombés autour de nous, nous couvrant de terre et démolissant la tranchée. Sur 9 nous n’avions guère qu’un fusil qui marchait, tous étaient ensevelis ou cassés, il était 2heures après midi nous avons dû faire les morts pendant 3heures seul jetais blessé, a la nuit j’ai pu quitter la tranchée les boyaux derrière avaient 1m dieu. Les boches nous ont cru morts sinon ils seraient venus nous prendre.

J’ai été heureux d’apprendre le résultat de la visite de germaine au spécialiste de Dijon. Espérons que ta chère petite Simone ne sera pas estropiée et qu’elle ne souffrira plus.

Ecris moi toujours 2 rue du manège à la (lagelle)
J’ai eu de bonnes nouvelles de Lucienne. Du reste j’aurai 8 jours de perm en quittant ici. Je comptais passer automobiliste au 20eme corps, on en avait demandé à mon régiment le 10 janvier. Enfin advienne que pourra. Je t’embrase bien affectueusement.
Bon courage.
Paul
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MessageSujet: e   Lun 12 Juin - 19:44

On se retrouve avec une nouvelle lettre de Paul. Malheureusement c'est la dernière que j'ai /aerf/

Aujourd'hui pas de description de combat mais cette lettre répond, d'une certaine manière, à la question: comment ont ils fait pour tenir?

Assez courte mais je vous souhaite tout de meme un bonne lecture study

15/12/15

Chère Germaine,

Merci pour votre bonne carte du 8. Je suis heureux de vous savoir en bonne santé et d’avoir enfin des nouvelles rassurantes sur votre chère petite Simone.

Je suis toujours en bonne santé ; j’ai encore une fois été miraculeusement protégé le 12 dernier. Nous occupions des sapes à 5m sous terre. Une de ces sapes s’est effondrée sur mes camarades, sur 14 qui l’occupaient un seul pu échapper à temps. Parmi les 13 morts je n’avais que des amis et de bons camarades. Je ne saurais trop remercier la St Vierge de m’avoir encore une fois si bien protégé. Je commence à douter de m’en tirer à bon compte et si on n’avait pas une grande confiance en Dieu je crois qu’il ne serait pas possible de supporter les souffrances que nous avons à endurer.

J’ai eu hier une carte de Pierre, j’ai eu ces jours des nouvelles de maman et de Lucienne. Elles vont je crois aller à la Cote d’azur mais leur adresse est toujours là même à Castelnau les Près ?

Paul
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MessageSujet: e   Lun 12 Juin - 19:45

A partir d'aujourd'hui on va s'intéresser à quelqu'un d'autre. Un cousin de mon arrière grand mère.

Albertville le 14 mai 1915,

22eme bataillon des chasseurs, Albert Métral

Chère Germaine,

J’ai changé de régiment je suis maintenant dans les Diables Bleus à Albertville. Nous ne savons pas encore à quelle date nous irons au feu ; ce sera sans doute assez rapproché. Nous pensons aller en Italie lorsque cette puissance se décidera à déclarer la guerre à l’Autriche. Bien le bonjour aux cousins à ta mère et à ta sœur, ton cousin qui t’embrasse.

Emile

Petite lettre sans pretention pour presenter un peu le soldat. D'ailleurs si vous avez des infos sur son regiment ou autre pouvez vous me les transmettre?

Voila une seconde lettre. Ce soldat a eu moins de chance que Paul.


Chartres le 26 juillet 1915

Chère Germaine,

J’ai reçu ce matin finalement la lettre du 22 juin, ce n’est pas étonnant car elle a dû voyager pour finir par me trouver à l’hôpital. Et oui ! ma grande cousine, je suis à l’hôpital depuis plus d’un mois après huit jours de tranchées seulement. Depuis longtemps je voulais t’écrire mais cela m’étais impossible car j’ai été blessé au bras droit et il n’y a que quelques jours que je recommence à pouvoir écrire et avec quelle peine.

Je n’ai pas été blessé qu’au bras malheureusement. Voici la liste de mes blessures : d’abord on m’a amputé de la jambe gauche ; tu ne me vois pas avec une jambe de bois ! ensuite on m’a enlevé l’œil droit, un éclat d’obus que je conserve s’est chargé de m’enlever un doigt de pied ce qui fait que je n’ai plus que quatre doigts de pied au lieu de dix.

J’ai encore une blessure au mollet droit, j’ai eu le bras droit criblé d’éclats plus ou moins gros et le haut du visage, le front et le nez criblés de petits éclats gros comme des têtes d’épingles ; c’est l’un de ces éclats qui m’a touché l’œil et qui a nécessité l’opération. Mon grand nombre de blessures ne t’étonneras pas quand tu sauras que j’ai reçu 3 obus autrichiens de 74. Ces obus sont tout à fait méchants ; les 77 boches sont des joujoux à coté ; on les entend bien arriver et puis ils éclatent très haut tandis que les 74 arrivent sans faire de bruit et éclatent juste au-dessus de la tête en 2 explosions successives de sortes que si la première explosion a lieu en aval de la tranchée, la seconde éclate sur la tranchée même.

Tout ça n’est rien, le plus terrible c’est que je n’ai pas tué un seul boche, je n’en ai même pas vu un ; cela n’a rien d’étonnant je me trouvais dans un mauvais secteur j’étais devant Souchez et tu dois voir tous les jours sur les journaux qu’il n’y a là que des actions d’artillerie. Cela veut dire que les canons des deux côtés tirent sur les tranchées adverses. Comment va ton mari et Casimir, très bien j’espère. D’ailleurs Pierre ne risque pas grand-chose car les batteries lourdes sont bien en arrière du front. Je m’arrête le car je ne puis plus écrire. Le bonjour à ta mère à ta sœur et à ton maris.

Un baiser à vos enfants, la petite Simone est tout à fait mignonne et gracieuse. Ton cousin qui t’embrasse.
Emile.

Je trouve cette lettre réellement fantastique. Ce "Tout ca n'est rien" est extraordinaire alors qu'il vient de faire la liste de ses blessures!
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MessageSujet: e   Lun 12 Juin - 19:45

Une lettre d'Emile qui est toujours a l'hôpital.

Janville le 25 septembre 1915,

Chère Germaine

Je te remercie de ta lettre, c’est toujours avec un grand plaisir que je reçois de vos nouvelles. Je suis heureux de savoir que vous allez tous bien et que ta petite Simone profite. Marie doit certainement être déjà retournée auprès de son mari à Dole.

Moi je continue à voyager ; j’ai quitté Chartres avec pas mal de camarades qui ont été dispersés dans différentes petits hôpitaux à Janville, Courville etc. ici à Janville nous sommes dix-huit dans un hospice tenu par des religieuses ; nous avons aussi des dames de la croix rouge très gentilles pour nous soigner. Cet hôpital nous change énormément de l’hôpital de Chartres : là-bas nous étions dans une vraie caserne qui avait même un petit air de prison. La nourriture était préparée au diable et on se soignait les uns les autres comme on pouvait.

Ici au contraire nous sommes soignés, dorlotés… nous prenons nos repas dans un petit réfectoire nous avons des serviettes des assiettes et des verres, ce qui ne nous est pas arrivé depuis longtemps.

Et puis, ici, quoique je ne puisse pas marcher, je vais pouvoir sortir ; en effet les dames de la croix rouge se sont procurés une petite voiture pour me promener. Si cela continu, j’ai envie de (voyager ?) maintenant je vais te raconter mon voyage : tu dois te douter qu’il ne fut pas ordinaire car je suis un colis plutôt encombrant. D’abord pour m’amener jusqu’à la gare de Chartres, il m’a fallu une automobile, je suis descendu de ma chambre jusqu’à l’automobile à dos d’homme ; à la gare, nouveau voyage sur les épaules d’un camarade jusqu’à un wagon de 1ere classe. J’ai voyagé dans un wagon salon pour la 1ere fois de ma vie, deux ou trois heures de train à travers un pays plat comme la main, c’est monotone pour un savoyard habitué à ses montages. Dans les champs moissonnés partout se dressent de grandes meules car nous sommes en pleine beauce. Par ci par là un moulin à vent. Arrivés à Janville, notre train s’arrête presque à la pointe de l’hôpital, je reprends de nouveau ma place sur les épaules de mon camarade et c’est ainsi que je fis mon entrée à l’hôpital. Toute la population était à la gare pour nous voir arriver car il y avait déjà un certain temps que l’hôpital n’avait plus de blessés.

Je vais toujours de mieux en mieux mais je ne puis pas encore me servir de béquilles car ma jambe est encore trop faible pour me porter. J'espère cependant pouvoir retourner en Savoie pour la Toussaints. A Chedde, tout le monde va bien, ils ont toujours beaucoup de boulot. Louis est toujours à la journée ; il gagne moins mais il fatigue moins son bras. Le petit mitron de l’oncle ne part pas comme il l’avait dit ; l’oncle en est bien content. La grand-mère est descendue à Sallanches pour quelques jours. Bien le bonjour à tante marie et un baiser à la petite Simone.
Ton cousin qui t’embrasse Emile.


Rien d'extraordinaire mais c'est tout de meme intéressant.
A noter qu'Emile est un cousin savoyard mais sinon ma famille est principalement du jura.
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MessageSujet: e   Lun 12 Juin - 19:45

n se retrouve avec Emile Métral qui est toujours à l'hôpital.

Bonne lecture study

Janville le 16 octobre 1915,

Chère Germaine,

J’ai reçu ta carte avec grand plaisir, je commence à m’ennuyer à Janville j’ai le cafard ; je ne pense plus à retourner sur le front, mais à revoir Chedde et surtout tous nos parents ; ma mère principalement puis ce vieux papa, bougon de Louis. Ce veinard ! il a pu rester 11 mois sur le front et s’en tirer avec quelques égratignures tandis que moi, pour une malheureuse semaine que je suis resté en première ligne, me voilà en morceaux j’enrage quand j’y pense et ce n’est pas autant ma jambe que je regrette que de ne pas avoir pu faire davantage moi qui cependant avait si bonne volonté.

Je t’assure que j’aurais fait un bon soldat car les balles qui me sifflaient aux oreilles ne me faisaient même pas baisser la tête. J’ai bien les deux plus belles récompenses qu’un soldat puisse envier : la croix de guerre et la médaille militaire, mais il me semble que je n’y ai pas droit ; ce n’est pas ainsi que j’aurais voulu les mériter et ma citation n’est pas écrite dans les termes que j’aurais voulu.

Enfin ! c’est ainsi, et cela ne me sert à rien de récriminer. Il me faut accepter ma situation telle qu’elle m’est faite. Après tout ce n’est pas ma faute si je n’ai pas fait grand-chose. Ici a l’hôpital de Janville nous sommes toujours très bien soignés ; aussi je m’engraisse a vue d’œil et mes forces reviennent très vite. Maintenant je commence à me servir de mes béquilles ; ma bonne jambe qui n’est pas bien fameuse encore ne veut pas me porter bien longtemps elle est vite fatiguée car elle a à supporter tout le poids du corps à elle seule et j’y ai encore 2 blessures qu’on me brule tous les trois jours.
Mon moignon me cause des inquiétudes car l’os n’a pas été scié assez court et il pointe beaucoup trop, je crois bien ne pas pouvoir supporter une jambe artificielle et s’il me faut subir une nouvelle opération pour me le raccourcir ça ne me chante guère car j’ai déjà été cinq ou six fois sur le billard, je ne me souviens pas au juste. Pourtant si c’est nécessaire je préfère souffrir encore deux ou trois mois de plus plutôt que d’être réduit à marcher avec des béquilles toute ma vie.

Maintenant quand tu me récriras donne-moi de vos nouvelles à tous. J’espère que vous allez toujours bien et que ta petite Simone ne te donne pas trop de travail j’espère que tante Marie se porte toujours bien. Que devient Louise Jolly, j’espère quelle se console de la perte de son fiancée. Et votre voisine Juliette, je ne sais plus comment ? est-elle toujours à P. est-elle mariée ? donne leur bien le bonjour à toutes les deux de ma part. c’est dommage que P. ne soit pas sur mon chemin car je m’y serais arrêté avec plaisir en retournant à Chedde. Donne également un bonjour de ma part à Casimir et à Marie. J’espère que leurs deux enfants ne leurs donnent pas trop à faire et qu’ils se portent bien.

Emile
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MessageSujet: e   Lun 12 Juin - 19:46

METRAL Albert Emile - Matricule 2037 de la classe 1900

Né 24 novembre 1890 à Sallanches ( Haute-Savoie ) de Seraphin METRAL et Marie Catherine DAYOT
Résidant à Sallanches et exercant le métier de menuisier


Après passage au conseil de réforme le 14 octobre 1914, il est jugé apte au combat et incorporé au 97ème Régiment d'Infanterie. Arrivé au corps le 23 novembre 1914

Le 11 mais 1915, il passe au 22ème bataillon de Chasseurs à pied d'Albertville. Il passe ensuite au 20éme Bataillon de Chasseurs à pied de Beaune le 29 mai 1915

Le 22 juin 1915 il est blessé a Notre Dame de Lorette par éclats d'obus qui lui fracturent la jambe et le pied droit et qui le blesse au pied gauche, il perd l'oeil droit par éclat de grenade. Sa jambe droite ainsi que les orteils du pied gauche seront amputés.

Il reçoit la medaille militaire ainsi que la croix de guerre avec palme le 20 juillet 1915

Il est reformé le 2 fevrier 1916 pour amputation et énucléation de l'oeil droit

METRAL Albert Emile est décédé le 10 juin 1924 à Passy ( Haute-Savoie )
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MessageSujet: e   Lun 12 Juin - 19:46

Aujourd'hui nous sommes toujours avec Emile.

Janville le 29 octobre 1915

Bien chère Germaine,

Je réponds sans tarder à ta longue lettre qui, qui je t’assure m’a causé un grand plaisir. Je suis heureux de savoir que ta petite Simone, tante Marie et toi vous vous portez bien. J’espère que la jambe de ta petite mignonne s’arrange et ne te cause plus d’inquiétude.

Ici ça va tout doucement maintenant je suis enfin guéri on m’a ôté mes derniers pansements et j’attends avec une certaine impatience qu’on veuille bien se décider à m’envoyer devant un conseil de réforme qui me renverra à Chedde. Nous sommes toujours très bien soignés ici ; nous ne sommes plus que huit dans deux chambres : trois dans la mienne et cinq dans la chambre voisine. Ici nous sommes tous trois tenus par la patte. Un de mes voisins est aux mieux avec une de nos infirmières et je ne serais pas étonné qu’il y eut un mariage là-dessous. Nos infirmières sont fort gentilles toutes deux il faut l’avouer.

La seconde, une petite rouquine (cinq minutes de plus elle prenait feu) une petite espiègle de vingt ans à la langue bien pendue, a trouvé un fiancé de la même façon, parmi les blessés qui nous ont précédés. Nous qui n’avons rien à faire nous nous amusons à faire parler les uns et les autres au sujet de cet heureux blessé et ensuite nous taquinons la petite infirmière.

Le temps est gris depuis quelques jours, il pleut par moments et le froid commence à se faire sentir. Ce temps morose porte à la mélancolie mais on se secoue et on chasse bien vite les papillons noirs. Je pense recevoir une lettre de Chedde demain. Dans sa dernière lettre ma mère me disait qu’ils étaient sans bonne, il est vraiment difficile de s’en procurer une, je ne sais pas si maintenant ils en sont venus à bout. Ils se portent toujours tous bien et attende mon retour avec impatience.

Embrasse ta petite Simone pour moi. Bien le bonjour à toute la famille sans oublier Pierre.

Ton cousin qui t’embrasse Emile Métral


Lettre que je trouve très sympathique car on voit que malgré tout la vie continue et qu'il faut s'amuser comme on peut.
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MessageSujet: e   Lun 12 Juin - 19:46

Aujourd'hui l'avant dernière lettre que j'ai de notre ami Emile Crying or Very sad

Je vais bientôt arriver a la fin de mon stock de lettres. Alors on profite bounce /bourré/

Chartres le 5 décembre

Ma bien chère Germaine,

J’ai reçu, il y’a quelques jours ta dernière lettre. Elles viennent un peu rarement mais je n’ose pas me plaindre parce que je me doute que tu as d’autres occupations avec ta petite mignonne et ton ménage et tu n’as pas grand temps pour écrire. J’ai également reçu le mandat carte de tante Marie ce dont je la remercie beaucoup. Je lis toujours tes bonnes lettres si affables avec grand plaisir ma chère cousine, elles me font souvenir de notre grandes amitiés d’enfants ; amitié qui plus tard était devenue quelque chose de mieux. Toutes les choses sont maintenant de la passe et nous restons bons cousins, tout va pour le mieux !

Je suis revenu à Chartres pour me faire opérer de nouveau je crois t’avoir dit dans ma dernière lettre que l’os de ma cuisse pointait et qu’une opération nouvelle était nécessaire. Cette opération est faite depuis dimanche dernier, je suppose que mon moignon va bien car je n’en ne souffre pas. On doit refaire mon pansement demain. Il n’a pas encore été défait complètement car jeudi la sœur a commencé à le défaire mais en voyant que ça allait bien elle na pas continué jusqu’au bout, à mon grand soulagement car les carrés de gaze sont collés par le sang et quand elle tirait dessus moi j’en voyais 36 chandelles. Le major qui mon opérée est le frère du gouverneur de Paris le général Maunoury. Il est très habile ; il m’a scié l’os, tu vois que l’opération était indispensable !

Maintenant dis-moi ce que fait Pierre, ne redoute-t-il pas de passer un nouvel hiver aux tranchées ? Je pense que Marie et Casimir sont toujours à Dole, envoie-leur le bonjour de ma part. et à P. qui y a-t-il de neuf ? J’espère que la tante va bien. Ta petite Simone doit la distraire et l’amuser. La grand-mère m’a écrit qu’à Sallanches il y a déjà 26 morts ou disparus et 52 à Megève c’est terrible !

Au revoir chère cousine, ton cousin qui vous embrasse bien fort tante Marie ta fillette et toi.

Emile
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MessageSujet: e   Lun 12 Juin - 19:47

Voila une nouvelle lettre sur la reception de la croix de guerre et médaille militaire!

Chartres le 4/9/15

Chère Germaine,

J’ai reçu ta carte avant-hier, je t’en remercie beaucoup. Ma mère est repartie mardi ; elle serait resté une semaine de plus avec moi mais nous avons appris par une lettre de Louise que l’oncle François avait eu mal aux jambes et qu’il était resté plusieurs jours sans descendre dès sa chambre. Maintenant il doit être rétabli mais il y a un autre sujet d’embêtement, il avait un jeune garçon italien pour l’aider, il était fort et faisait bien son affaire. Voilà qu’a présent il le quitte pour retourner en Italie. Louis a souffert pendant quelques temps de son bras, il est même resté quelques jours sans pouvoir travailler. Son contre maitre l’a mis à la journée pendant quelques temps pour qu’il finisse de se reposer car c’est l’excès de fatigue qui agissait sur son bras encore mal guéri. Les deux petits sont toujours terribles, le petit est plus sage, tous trois se portent bien. Chez l’oncle les enfants se portent bien aussi mais il parait qu’ils deviennent toujours plus terribles, le petit jure comme un charretier au grand désespoir de la grand-mère. Mais maintenant je suis tout seul ici t par moment je m’ennuie un peu ; j’avais l’habitude de voir ma mère tous les jours et pour commencer je trouve le temps long. Je ne suis pourtant pas trop à plaindre quoique je sois au lit, je ne souffre presque pas, mes pansements ne sont pas douloureux, mon moignon a enfin cessé de ? . J’ai encore trois plaies à la jambe droite et une au bras ; la chair y pousse si fort et si vite qu’on est obligé de me la bruler au crayon de nitrate d’argent. J’attends un œil de verre pour celui qui m’a plaqué.

Pour me distraire je lis, j’écris, je bavarde avec mes camarades et puis nous avons souvent des séances inédites, nous avons toutes sortes de poilus ici, jusqu’à un arabe et un batt’ d’aff’. Et puis quand je n’ai rien d’autre a faire, eh bien !... Je m’ennui, voilà !

Pour m’aider à guérir, hier on m’a décoré de la médaille militaire et la croix de guerre avec palme. C’est joli comme tout, ce sont des joujoux à l’usage des hommes. On n’a pas fait de cérémonie ; le général est venu vers le lit et il a épinglé les décorations sur ma chemise et après quelques mots il m’a serré la main et il reparti en coup de vent.

J’ai reçu une bonne nouvelle de Chedde en ma qualité d’ancien ouvriers, l’usine va me payer une jambe articulée. Avec ça et un œil de verre je vais être complètement remis à neuf. Dis-moi ce qu’il y a de neuf à P j’espère que ta petite Simone se porte bien et tante Marie aussi. J’ai reçu des nouvelles et du pain d’épices de ta sœur. Bien le bonjour à la tante, ton cousin qui t’embrasse.

Emile
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MessageSujet: e   Lun 12 Juin - 19:47

trouvé des photos de certains auteurs des lettres.



Tout à droite mon arrière grand père: Pierre


Voici la photo de Constant dans son camp de prisonniers en Suisse. C'est le 2ème en partant de la gauche.
Je vais essayer de trouver des documents pour vous les poster
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MessageSujet: e   Lun 12 Juin - 19:48


Une photo du garage de la famille. Paul est tout à gauche. Le pilote est un celebre coureur automobile de l'époque si j'en crois le commentaire.


Un petit document sympa de mon arrière grand père


La premiere page du livret militaire de Pierre Poix. L'état est deplorable mais c'est important de le conserver au maximum
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MessageSujet: e   Lun 12 Juin - 19:48

En ce 8 mai je me suis dit que je pouvais partager ce document de mon arrière grand père Pierre. Combattant de la Grande Guerre il a vécu la seconde guerre mondiale.
Voici ce qu'il écrit lors de la débâcle, c'est vraiment sous forme de notes donc c'est assez brouillon mais on imagine bien la confusion dans laquelle la population pouvait être.

De Pierre Poix
(Page 1) Retraite de France juin 1940

Vendredi matin les 1eres voitures de réfugiés qui passent ! venant d’alsace toute la journée se passe dans l’angoisse, qu’allons-nous voir.

Nuit de samedi 15 à dimanche aller chercher Simone à Bletterans à minuit avec Gaby qui venait de rentrer de Vichy avec la receveuse des postes. Toute la nuit les soldats sont rentrés pour boire le café et manger. Une famille de réfugiés a couché dans notre chambre du 2eme. Vers les 2h du matin on nous dit que les allemands sont à Dole, alors cette famille descend avec leur fourbi et matelas et les voilà partis. Veillée lugubre où les voitures et camions de réfugiés ne cessaient de passer sur la route.
Mme Mouchot préparait ses paquets nous les valises, quand vers 7h du matin Mlle Roussin infirmière vient trouver Simone pour lui donner mon adresse et lui offrir l’hospitalité. Simone se décide de partir avec elle et Gaby et son petit-8h- heure du départ ! (adien) par la rue des moulins- Charlotte les accompagne. Quand Louisette s’amène toute affolée avec sa mère et sa gosse dans une charrette, "on part à Lyon" dit-elle, courrez vite dans la rue des moulins lui dis-je, vous allez les rejoindre. En gare départ du train à 9h vers l’inconnu ?.... Journée de dimanche plus angoissant encore_ l’armée en déroute passe… mêlée avec les réfugiés, route entièrement encombrée de voiture, camion, vélos, piétons, lamentable défilé.

(Page 2) Dimanche soir, on se dit que faire ? on avait dit le matin que nous partirions en auto dans la journée ! mais vu ces routes tellement encombrée on attend encore, puis lasse de fatigue. On se couche- une nouvelle famille de refugié couche à nouveau dans la chambre quand à minuit, ils nous appellent en disant "nous partons" ils vont à Mont-s-Vandray alors nous voilà tous debout, et décidons à partir ! réveil des gosses, préparatifs de paquets emballage dans la remorque de choses nécessaire : gaz, couvertures, matelas. Nous voilà parti ! nuit de dimanche 16 à lundi 17- arrivés rue Travot nous ne savons plus ce que nous voulons faire, où fuir ! quand nous vient une idée : si nous montions à Chamole. Là nous ne verrions pas l’entrée des troupes, bonne inspiration et nous voilà parti. Déballage chez Mme Mandrielon où nous y passons la journée si calme et la nuit. Lundi à 8h du matin la famille Arlin arrive également chez Dubois, nous dormons tous à Chamole, quand vers les 2h de l’après-midi Paulette Arlin vient nous dire « on a demandé une suspension d’armes, triste nouvelle en songeant à tous ces malheureux mais soulagée enfin en songeant à la fin de ce cauchemar ». Alors Pierre et Paulette descendent les sentiers pour venir voir ce qu’il se passait à Poligny. Paulette remonte seule le soir pour apporter du pain et redescend à 9h du soir avec P. Arlin.

(Page 3) Coucher à Chamole de la nuit de lundi à mardi- nuit calme. Reposante. Les enfants couchent sur les matelas par terre. Mardi, Pierre vient nous chercher et après midi, remballons notre fourbi pour rentrer à la maison. Mardi dans la nuit, disparitions de tous nos outils et du cric. Mercredi l’armée allemande défile sans arrêt sur la route avec tout leur matériel. Jeudi également, distribution gratuite de pains, café, sucre. Vendredi est calme – et attendons les évènements. Les jours sont longs sans nouvelles ! ni lettres ni journaux. S’en est fait de la France. Elle vient de capituler ! vendredi 21 à 7h du soir signature de l’armistice avec l’Allemagne ! continuation des pourparlers avec les italiens.
Tout est consumé ! la cessation des combats aura lieu ce soir lundi 24 juin 1940 entre la France et l’Allemagne- Italie _ à minuit 35_ jour mémorable. Pauvre France ! elle aura bu le calice jusqu’à la lie.
25 juin. Grande journée de deuil nationale 27 juin. Poligny occupé par les allemands.


Ce n'est pas trop un sujet pour ce forum mais je me suis dit qu'on pouvait faire une petite exception en ce jour.
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