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 Verdun: le 20, 21, 22, 23, 24, 25 et 26 fevrier 1916

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MessageSujet: Verdun: le 20, 21, 22, 23, 24, 25 et 26 fevrier 1916   Mar 27 Avr - 16:05

post de IR76 de Hambourg

Bonjour

voici le témoignage assez précis d'un combattant français témoin de l'epoque (concernant juste les journées des 20, 21 et 22 fevrier 1916 ):

<<
Et c'est ainsi que l'assaut du 21 février 1916 fut pour nous une surprise.
Le temps, pluvieux depuis le début du mois, s'était rasséréné, après quelques jours de violentes bourrasques qui avaient empêché nos avions de sortir.
Le dimanche 20 février avait été une journée de soleil radieux ;et c'est par un beau froid sec que, le 21 au matin, à 7h15,se déclenchait le «trommelfeuer».
Un ouragan d'acier s'abattait sur nos lignes, depuis Malancourt jusqu'aux Eparges.
Pendant que nos tranchées étaient soumises à un tir massif qui crevait les abris, retournait les parapets, comblait les courtines, les villages et les forts plus en arrière : Marre, Vacherauville, Charny, Douaumont, Vaux, étaient écrasés par les gros calibres. Sur Verdun tombaient des 380; l'un des premiers défonçait la façade du collège Marguerite.
En même temps, des tirs d'interdiction à obus spéciaux, étaient exécutés sur les routes, pistes et nœuds de communications, de manière à empêcher l'arrivée de renforts et à isoler la portion du front que l'on voulait enlever.

C'était la méthode employée par nous en Champagne, mais singulièrement amplifiée et perfectionnée.
La violence du bombardement dépassa en intensité tout ce que l'on avait pu voir jusqu'alors. Nos observateurs renonçaient à noter toutes les batteries repérées en action. Les bois de Consenvoye, d'Etrayes, de Crépion, de Moirey, la côte de Romagne, les forêts de Mangiennes et de Spincourt, qui recelaient l'artillerie boche, rougeoyaient comme des forges.
Dans le ciel, six « drachen » observaient les effets du tir.

A 16 heures, l'intensité du bombardement atteignait son maximum.

A 16h45, sur la rive droite, de Brabant à Ornes, le tir ennemi s'allongeait, constituant des barrages en arrière du bois de Haumont, du bois des Caures, du bois-de-Ville et de l'Herbebois. L'infanterie ennemie marchait à l'assaut.
Attaquant avec cinq divisions (IIIe et XVIIIe Corps. d'Armée, plus la 13e division du VIIe Corps d'Armée), les Allemands espéraient bousculer rapidement les deux divisions que nous lui opposions, la 51e et la 72e divisions d'infanterie, et jeter à la Meuse ou faire prisonnières les troupes épargnées par le bombardement.

Une fois de plus, l'héroïque ténacité de notre infanterie et son admirable esprit militaire allaient sauver la patrie.
Dans leurs tranchées éboulées, comblées aux trois quarts, sous l'enchevêtrement dés arbres abattus, les survivants du bombardement attendaient l'ennemi, le fusil au poing.
Sur tout le front d'attaque, nos troupes soutinrent le choc magnifiquement ; à Brabant, le 351e régiment d'infanterie ; au bois de Haumont le 165e ; au bois des Caures, les 56e et 59e bataillons de chasseurs, que commandait le lieutenant-colonel Driant; à l' Herbebois, le 164e régiment d'infanterie, luttèrent jusqu'à la nuit tombante.
Et lorsque l'ombre eut arrête la bataille, les Boches n'avaient fait pour toute conquête que celle du bois de Haumont !
Partout ailleurs, dans ces positions de notre première ligne, à Brabant, au bois des Caures, au bois-de-Ville, à l'Herbebois, une lutte confuse fixait encore l'assaillant, qui avait bien espéré atteindre le soir même la ligne des forts : Côte du Poivre-Douaumont-Vaux

Malgré les angoisses des jours qui suivirent et l'horreur sanglante des grandes ruées qui se succédèrent durant cinq mois encore, on peut dire que, dès ce moment, la grande offensive allemande avait échoué.
Elle en était encore, en effet, à s'assurer notre première ligne, et déjà les secours étaient mandés; Déjà même ils approchaient : le 20e Corps (général Balfourier),dès le lendemain mardi 22, commençait à débarquer dans la région Revigny Bar le Duc Ligny-en-Barrois.

La nuit du 21, il neigea; et le matin blafard se leva, le 22, sur un champ de bataille recouvert d'un épais tapis blanc. Les vagues d'assaut boches ne devaient plus être, de longtemps, favorisées par une journée comme celle du 21 février !
Et elles n'avaient pas réussi !
Comment réussiraient-elles maintenant qu'il leur faudrait avancer péniblement par la boue glacée…
On reprit la préparation d'artillerie.
Même déluge d'acier que la veille.
Pour s'emparer du bois-de-Ville et achever d'occuper le bois des Caures, où le lieutenant-colonel Driant et le commandant Renouard, restés les derniers, trouvaient une mort héroïque non sans avoir heureusement assuré le repli de leurs chasseurs sur Beaumont.
Ce n'était, pas l'avancée promise, l'arme à la bretelle, à travers un terrain conquis par l'artillerie et où ne subsistait plus un défenseur. Il fallait combattre âprement. La marche foudroyante se réduisait à une avancée de trois kilomètres en deux jours, et encore pas sur tout le front d'attaque.
Dans l'Herbebois, les Allemands ne parvenaient pas à dépasser la corne nord est; à l'autre bout du champ de bataille, ils étaient arrêtés devant Haumont par les mitrailleuses du 362e régiment d'infanterie, et ne parvenaient à s'avancer à travers les ruines du village qu'à la chute du jour.


Dernière édition par Admin le Mar 27 Avr - 16:14, édité 2 fois
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MessageSujet: e   Mar 27 Avr - 16:06

Pour continuer sur la bataille de Verdun, 94 ans après, entre le lendemain de l'offensive et la prise du fort de Douaumont (24 fevrier 1916).

Témoignage d'un officier français:

<<

La nuit du 21, il neigea; et le matin blafard se leva, le 22, sur un champ de bataille recouvert d'un épais tapis blanc. Les vagues d'assaut boches ne devaient plus être, de longtemps, favorisées par une journée comme celle du 21 février !

Et elles n'avaient pas réussi !

Comment réussiraient-elles maintenant qu'il leur faudrait avancer péniblement par la boue glacée…

On reprit la préparation d'artillerie.

Même déluge d'acier que la veille.

Pour s'emparer du bois-de-Ville et achever d'occuper le bois des Caures, où le lieutenant-colonel Driant et le commandant Renouard, restés les derniers, trouvaient une mort héroïque non sans avoir heureusement assuré le repli de leurs chasseurs sur Beaumont.

Ce n'était, pas l'avancée promise, l'arme à la bretelle, à travers un terrain conquis par l'artillerie et où ne subsistait plus un défenseur. Il fallait combattre âprement. La marche foudroyante se réduisait à une avancée de trois kilomètres en deux jours, et encore pas sur tout le front d'attaque.

Dans l'Herbebois, les Allemands ne parvenaient pas à dépasser la corne nord est; à l'autre bout du champ de bataille, ils étaient arrêtés devant Haumont par les mitrailleuses du 362e régiment d'infanterie, et ne parvenaient à s'avancer à travers les ruines du village qu'à la chute du jour.

Nous profitions de la nuit du 22 au 23 pour évacuer Brabant.

Le 351e régiment d'infanterie, qui occupait ce point, reçut l'ordre de se replier par échelons sur Samogneux, en tenant tête à l'ennemi avec énergie.

Pendant toute la journée du mercredi 23, on se bat dans Samogneux en flammes, à la lisière du bois des Caures où nous contre-attaquons ; dans l'Herbebois, que la 51e division d'infanterie évacue lentement pour se replier sur le bois des Fosses.

De toute évidence, l'ennemi avançait bien péniblement.

Pourquoi ? C'est que, maintenant, nous combattions en rase campagne. Plus d'organisations défensives. Pour seule protection, les tranchées ébauchées en une nuit avec les outils portatifs. Et nous luttions un contre trois.

Cependant, un bombardement toujours aussi violent sur le secteur de la rive gauche, de l'ouvrage de Haucourt au bois des Caurettes et d'Esnes à Chattancourt, maintenait la crainte d'une attaque de ce côté ;attaque qui eût pris à revers nos défenseurs de la rive droite.

En Woëvre, d'autre part, de Fromezey aux Eparges, les obus continuaient à pleuvoir sur nos premières lignes et sur les villages immédiatement à l'arrière.

Néanmoins, le front assailli résistait.

Malgré leur infériorité numérique et l'infériorité plus grave encore de notre artillerie, nos soldats empêchaient tout le jour les vagues d'assaut sans cesse renouvelées de déboucher de la Wavrille, entre le bois-de-Ville et l'Herbebois, et de s'emparer de la cote 350, dont la possession eût permis à l'ennemi de prendre d'enfilade notre position de Beaumont.

Au soir du 23, notre ligne était lisière sud de Samogneux, ferme d'Angle, mont Beaumont lisière nord-est du bois des Fosses et du bois Le Chaume , ancienne ligne Ornes - Fromezey.

A l'endroit où l'avance était la plus forte, à la hauteur de la ferme d'Anglemont, la profondeur de terrain cédé n'excédait pas quatre kilomètres.

La situation, pourtant, ne laissait pas d'être grave.

Le Commandement allemand sentait le moment décisif. Il comprenait que, s'il ne parvenait pas à forcer l'accès de Verdun avant l'arrivée des troupes de secours, c'en était fait de ses espérances. Il fallait tenter un effort suprême.

>>

Le surlendemain tombait le fort de Douaumont.
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MessageSujet: e   Mar 27 Avr - 16:10

On continue 94 ans après avec le temoignage de cet officier français pour les journées des 23 et 24 fevrier 1916. A noter qu'il ne parle pas encore de la chute du fort de Douaumont le 25 fevrier 1916 pris par les hommes du IR 24 commandé par les lieutenants Haupt et von Brandis (qui seront tous deux décorés de l'Ordre pour le mérite).
<<
Au soir du 23, notre ligne était lisière sud de Samogneux, ferme d'Angle, mont Beaumont lisière nord-est du bois des Fosses et du bois Le Chaume , ancienne ligne Ornes - Fromezey.
A l'endroit où l'avance était la plus forte, à la hauteur de la ferme d'Anglemont, la profondeur de terrain cédé n'excédait pas quatre kilomètres.
La situation, pourtant, ne laissait pas d'être grave.

Le Commandement allemand sentait le moment décisif. Il comprenait que, s'il ne parvenait pas à forcer l'accès de Verdun avant l'arrivée des troupes de secours, c'en était fait de ses espérances. Il fallait tenter un effort suprême.

Il renforçait donc, le jeudi 24, ses troupes d'assaut; et, prolongeant le front d'attaque vers l'est, lançait entre Maucourt et Warcq le XVe Corps d'Armée, qui n'avait pas encore donné.
Nos troupes, exténuées par trois jours de lutte inégale, mal ravitaillées, couchant dans la neige, dans la boue glacée, plièrent sous le choc.
Nos secondes lignes, Samogneux, la cote 344, le bois des Fosses, le bois Le Chaume, Ornes, tombèrent aux mains de l'ennemi, bien que déjà son avance fût gênée par notre artillerie de la rive gauche qui le prenait en flanc.
Mais nos renforts arrivaient.
C'étaient tout d'abord la 37e division d'infanterie (zouaves et tirailleurs) qui venait relever la 72e; puis les 308e et 31e brigades d'infanterie, qui relevaient la 56e division.
Ces troupes, débarquées en hâte, étaient aussitôt jetées dans la fournaise, sans attendre leur artillerie.
« Sous le déluge d'acier que nous déversaient les batteries boches, nous disait plus tard le commandant d'un bataillon de chasseurs engagé dans ces conditions, nous avions l'impression d'être une armée du XVIIIe siècle en face d'une armée ultra-moderne. »
Au 2e tirailleurs de marche, on ne prenait pas le temps de renvoyer dans leurs compagnies les élèves-caporaux; et le lendemain 25, le «peloton », chargé de la défense de Louvemont, s'y faisait héroïquement massacrer. Sur cinquante-quatre hommes, il en rentrait neuf.
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MessageSujet: e   Mar 27 Avr - 16:12

Pour continuer sur la lancée quotidienne de cette bataille de Verdun avec 94 ans passé, vu aux travers des yeux de deux officiers français: le premier fait suite aux 3 autres posts. Le second temoignage est celui du Lieutenant Henri Carré, officier au 95eme RI, régiment qui tenait le village de Douaumont ce jour là...

Laissons place au premier temoignage:
<<
Le vendredi 25, en effet, débouchant de Samogneux et du bois des Fosses, les Boches assaillent la côte du Talou et Louvemont. Arrêtés devant le Talou, grâce à nos feux de la rive gauche, ils réussissent à Louvemont, et pénètrent dans le village dès 15 heures.
Cependant, trompant la vigilance du 3e bataillon du 95e régiment d'infanterie qui occupait le village de Douaumont, un groupe du 24e régiment d'infanterie prussienne s'emparait du fort de Douaumont .
Sans doute, nous résistions (95e régiment d'infanterie) dans le village à tous les assauts ; mais la prise par l'ennemi de Douaumont était pour nous une perte sensible.
C'était le meilleur observatoire de la rive droite (il culmine à 388 mètres) qui tombait aux mains de l'adversaire.
D'autre part, la 37e division d'infanterie ne pouvait se maintenir sur la côte du Talou. Elle devait se replier sur Vacherauville et la côte du Poivre. A l'est, enfin, nous abandonnions la Woëvre pour ramener nos lignes au pied des côtes de Meuse.
>>
A ce temoignage je rajoute celui du lieutenant Henri Carré du 95eme RI (Texte tiré de « La grande guerre vécue, racontée, illustrée par les Combattants, en 2 tomes Aristide Quillet, 1922) :
<<
Quand à l'arrêt des Allemands, on en fait honneur au 2e Corps d'Armée, et cela est exact. Mais il faudrait ajouter : au 2e Corps auquel avait été détachée la 31e brigade (95e et 85e régiments d'infanterie)
C'est, en effet, à ces deux régiments du 8e Corps, et spécialement au 95e, que revient l'honneur de la victoire.
Le soir du 24 février, le 95e régiment d'infanterie arrive à la cote 347. Il vient de faire 56 kilomètres en trente-six heures.
Les Allemands ont pénétré dans le bois des Fosses.
La 72e et la 51e divisions d'infanterie ont été écrasées. Les reconnaissances envoyées en avant de Douaumont par le 95e régiment d'infanterie ne rencontrent ni les ouvrages qui avaient été signalés par l'état-major, ni les troupes que le régiment devait relever. Il n'y a plus de troupes entre le 95e et l'ennemi : elles sont toutes en fuite ou prisonnières.
Le colonel de Bélenet, qui commande le 95e régiment d'infanterie, signale à la brigade, établie à Fleury, la situation dangereuse du régiment, planté en rase campagne, sans ouvrages protecteurs, à la merci des attaques que ne manquera pas de déclencher l'aurore.
Il reçoit du général Balfourier, qui commande le 20e Corps, l'ordre de se porter au village de Douaumont.
Il établit son 3e bataillon dans les éléments de tranchée qui existent en avant du village, son 1e bataillon au nord du village, aux cotes 378 et 347, son 2e bataillon en réserve entre Fleury et Thiaumont.
L'autre régiment de la brigade, le 85e, occupe à gauche le secteur qui va de l'est de Louvemont à la cote 378. Il a lui-même la 51e division à sa gauche.
A droite du 95e se trouve la brigade Chéré (2e et 4e bataillons de chasseurs, et le 418e régiment d'infanterie)

L’attaque …
raconté par Henri CARRE (lieutenant 4e section,12e compagnie,95e régiment d'infanterie)

Le 25 février, dès le petit jour, le bombardement commence.
Bombardement furieux, bombardement exaspéré.
Tous les canons boches de tous les secteurs environnants concentrent leur tir sur le malheureux village et sur ses alentours. C'est l'averse, sans nulle métaphore, la monstrueuse averse aux gouttes d'obus. Les tranchées s'effondrent, les maisons s'abattent comme des châteaux de cartes, les cadavres s'entassent. Le sol bout aux éclatements comme l'eau d'une chaudière. Le ciel lui-même semble se disloquer.
De notre côté, nos canons se taisent. Nous n'avons pas de canons. Contre la formidable artillerie boche, nos poitrines nues.
Un obus a démoli la fontaine du village. La soif racle les gorges et tanne les langues. Pour toute nourriture, les biscuits des sacs. Aucune communication avec l'arrière, car tous les fils téléphoniques sont coupés, car tous les agents de liaison sont tués après quelques pas.
Les soldats du 95e régiment d'infanterie ont l'impression d'être seuls, abandonnés du reste de l'Armée, holocaustes choisis pour le salut de Verdun.
Telle est leur colère contre ce bombardement qui s'entête qu'ils forment des vaux pour que les Boches se décident à les attaquer.
Et quand des avions ennemis survolent leurs lignes, ils « font les morts », ils s'étendent de ci, de là, sur les morts véritables, et ils demeurent immobiles, les bras étendus, la bouche ouverte, afin de convaincre les aviateurs que tous les défenseurs du village sont tués et qu'on peut venir sans crainte...
Vers le milieu de l'après-midi, le bombardement cesse et l'attaque se produit.
Des masses, jaillies du bois d'Haudremont, submergent le malheureux 1e bataillon mais se brisent contre nos mitrailleuses et nos feux de salve, à nous. Les boches s'aplatissent, se terrent.
Et le bombardement reprend.
Il est de courte durée, cette fois. La fumée qui couvrait le fort se dissipe et, de sentir cette force si près, cela rassure nos hommes.
Ils sont tous à leurs postes, attentifs à l'assaut que ce calme présage.
Soudain, un cri : « Les voilà ! »
Un peu à gauche du fort, des silhouettes sont apparues qui semblent sortir de terre, car un talus les avait jusqu'ici protégées contre nos regards. Nous allons tirer...
Ici quelques précisions pour donner aux témoignages qui vont suivre toute leur valeur.
J'ai dit que le 3e bataillon occupait les tranchées autour du village. Ces tranchées formaient un angle droit. Sur la plus grande branche, parallèle à la rue et face à la cote 347, les 9e, 10e et 11e compagnies.
Sur la plus petite, face au fort, la 12e compagnie ou, plus exactement, un peloton de la 12e compagnie : la 4e section que je commande en qualité de lieutenant, la 3e section sous les ordres de l'adjudant Durassié. Avec nous, la section de mitrailleuses du 3e bataillon, sous les ordres du capitaine Delarue.

Delarue et Durassié sont toujours vivants. Et vivants également une quinzaine d'hommes qui étaient avec nous ce jour-là.
Nous allons tirer, dis-je, mais nous remarquons que les hommes qui viennent d'émerger du talus se dirigent vers le fort d'une allure tranquille et portent l'arme à la bretelle. Ce ne sont donc pas des boches : Les défenseurs du fort ne les laisseraient pas approcher.
La transparence de l'air n'est pas assez forte pour nous permettre de distinguer les uniformes, même à la jumelle. Souvent, déjà, nous avons eu l'occasion de maudire la diversité de nos costumes : bleu-horizon, bleu foncé, kaki ; avec toute la gamme de ces couleurs, selon qu'elles sont fraîches ou vieilles, propres ou boueuses. Les tenues d'attaque varient, elles aussi, au gré des chefs.
De la, parfois, de sanglantes méprises.
D'autres groupes surviennent à la suite du premier. Nous nous accordons à voir en eux des soldats français dont les unités ont été disloquées par l'attaque boche, et qui cherchent un refuge dans le fort.

Un détail cependant nous étonne dans leur accoutrement : la coiffure. C'est une coiffure haute comme un képi de mobile... Nous n'avons jamais rien remarqué de semblable, ni chez les boches, ni chez nous.
On dirait des chéchias de zouaves, dit quelqu'un près de moi.
Mais voici que derrière nous des voix s'élèvent qui nous ordonnent de tirer. Le commandant Compeyrot, qui commande le bataillon, et le capitaine Ferrère, adjoint au colonel de Bélenet, ont été prévenus de l'incident, et ce sont eux qui, après avoir examiné les nouveaux venus avec leurs jumelles (sans doute sont-elles meilleures que les nôtres), nous crient :
Tirez! Mais tirez donc! Ce sont des boches !
Pas très convaincus, nous commençons le feu. Plusieurs de nos cibles vivantes tombent à terre. Mais ceux qui sont demeurés debout se retournent sur nous, nous font des signes qui veulent dire
« Ne tirez pas, voyons ! A quoi pensez-vous? » Et en haut même du fort, des hommes sont montés qui, eux aussi, gesticulent dans notre direction, agitent des fanions, en proie, semble-t-il, à une exaspération violente.

L'angoisse nous serre le cœur.
Nous décidons enfin d'arrêter le feu, et nous nous consultons, Delarue, Durassié et moi.
Que faire ? Si ce sont des boches, nous les tenons à notre merci. Pour entrer dans le fort, ils sont obligés de gravir la pente, en plein champ de tir.
Mais si ce sont des Français? ...
Soudain, sans se soucier des balles tirées de ci, de là, par des isolés que notre contre-ordre n'a pu joindre, l'adjudant Durassié bondit hors de la tranchée et s'avance vers le fort à larges enjambées. A mi-chemin du fort, il s'arrête, regarde à la jumelle. A 200 mètres de la, un groupe de plusieurs hommes.
Durassié voit nettement les chéchias dont ils sont couverts. Il revient, atterré :
- Nous avons tiré sur des zouaves.
Une immense détresse nous envahit.

Mais un nouvel ordre du commandant Compeyrot, aussi formel que le premier, prescrit de recommencer le feu
Ce sont des Boches ! leurs chéchias? une ruse !
Le feu reprend, mais sans conviction. Je remarque que plusieurs de mes hommes s'abstiennent de tirer. Au fond de moi, je les approuve... Et bientôt leurs camarades les imitent. Le feu se ralentit, s'éteint...

Est-ce que ça peut être des boches ? me dit un de mes caporaux... Est-ce que les boches entreraient dans le fort l'arme à la bretelle?
Justement, voici un nouveau groupe de cinq à six hommes, l'arme à la bretelle, comme les précédents, et même allure tranquille. Ils sont a 300 mètres à peine. Nous les hélons en réunissant nos voix. Mais s'ils ne se retournent pas, ce qui peut sembler étrange, du moins ne paraissent-ils pas effrayés par notre présence...
Pour la seconde vois Durassié bondit par-dessus le parapet. Dans sa hâte héroïque de déchiffrer l'énigme, il court de toutes ses forces. Tout en courant, il jette des appels. Les hommes ne se retournent pas. Essoufflé, il cesse de courir, mais il marche de toute sa vitesse.

Le voici à 100 mètres du groupe. Le jour a baissé, mais à cette courte distance, il voit nettement les chéchias qui coiffent les hommes, de hautes chéchias du plus beau rouge.
Durassié continue ses appels. Il n'obtient toujours pas de réponse, mais il n'éprouve aucune inquiétude : ces chéchias...
Le voici près des réseaux du fort, à 50 mètres du dernier homme du groupe.
Celui-ci se retourne enfin, décroche son fusil et crie à Durassié :
« Pose fusil ! » avec un accent: « Posse fusils » qui n'a rien de bien français.
Interloqué, Durassié s'arrête. L'homme renouvelle son ordre. Durassié pose son fusil à terre, mais il met la main dans la poche où se trouve son revolver.
L'homme arme son fusil et crie: « Afance ici! »
Durassié se dit: « C'est peut-être un zouave originaire de l'Alsace ! » et il avance. Voici les deux hommes à 30 mètres l'un de l'autre. Durassié s'arrête et examine à loisir l'inconnu : taille moyenne, large carrure, petite moustache brune, tout l'aspect d'un homme de chez nous. Mais cet accent? mais ce fusil braqué qui n'a rien d'un lebel ?...
Durassié sait enfin à quoi s'en tenir. II va décharger son revolver sur le Boche, mais les autres boches du groupe se sont arrêtés eux aussi; la lutte est trop inégale et il s'agit dé prévenir sans retard les camarades qui sont restés là-bas.
Alors, il se laisse tomber à terre et il agite désespérément les bras au-dessus de sa tête.
Ce geste veut dire : « Ce sont des boches ! allez ! tirez ! et ne vous occupez pas de moi ! »

Une fusillade enragée commence. Les boches s'abattent.
Bientôt la nuit tombe et nous ne verrons plus de zouaves ce jour-là.
Nous sommes persuadés que notre malheureux camarade est tombé sous nos balles.
Mais il revient à la nuit noire, en rampant. Il n'a que les égratignures des réseaux.
Et c'est en vain que nous nous creusons la tête. Comment les Boches ont-ils pu entrer dans le fort l'arme à la bretelle : il était donc abandonné et ils le savaient !

Le lendemain matin, vers 9 heures, un nouveau « zouave » fut découvert en avant des glacis du fort par les sergents Fortier et Larpent, et vu en pleine lumière par nous tous. Il marchait à quatre pattes entre deux réseaux qui allaient rejoindre le réseau du fort. Celui-là du moins n'échappa pas à nos balles.
Donc, il n'y a pas eu lutte pour la prisé du fort.
Celui-ci était abandonné. Pourquoi ? Sur quels ordres?...

La victoire dés boches fut une victoire sans combat, une victoire due à une ruse qu'interdisent les lois de la guerre, une ruse qui est une traîtrise.
« La plus grande victoire qu'ai jamais trouvée une Armée, disait le lendemain le communiqué boche.
Le Fort le plus formidablement défendu de l'enceinte de Verdun, emporté de haute lutte par nos vaillants Brandebourgeois...
Enhardis par la prise du fort, certains de leur victoire, les boches jettent contre le village et ses abords, pendant toute la journée du 26, trois Corps d'Armée, en vagues d'assaut successives. Nos mitrailleuses et nos baïonnettes brisent ces vagues lés unes après les autres. La routé Douaumont-Bras, les avancées du bois de Chaumont,
Toute la plaine vallonnée de Douaumont est couverte par des amoncellements de cadavres.


Le 95e régiment d'infanterie devait être relevé au matin du 26 par le 110e, mais le colonel de Bélenet, « le géant d'Apremont », décida de retarder la relève

Jusqu’à la nuit, afin de ne pas compromettre la défense. Quand le régiment partit, dans la nuit du 26, il laissait derrière lui 800 hommes tués, mais il avait sauvé Verdun.
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MessageSujet: e   Mar 27 Avr - 16:15

Le témoignage de l'officier français, commencé il y a cinq jours se termine ce 26 fevrier 1916, lendemain de la prise du fort de Douaumont par les fantassins allemands du IR24:

<<

Le lendemain, 26, les Allemands lançaient de par le monde un radiogramme triomphant :

« A l'est de la Meuse, devant S. M. l'Empereur et Roi qui était sur le front, nous avons obtenu des succès importants. Nos vaillantes troupes ont enlevé les hauteurs au sud-ouest de Louvemont, le village de Louvemont et la position fortifiée qui est plus a l'est. Dans une vigoureuse poussée en avant, des régiments du Brandebourg sont arrivés jusqu'au village et au fort cuirassé de Douaumont qu'ils ont enlevé d'assaut. Dans la Woëvre, la résistance ennemie a cédé sur tout le front dans la région de Marchéville (au sud de la route nationale Paris-Metz). Nos troupes suivent de près l'ennemi en retraite. »

>>
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