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 Estaires (Nord) en 1914-18

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MessageSujet: Estaires (Nord) en 1914-18   Mar 20 Oct - 19:01

post de Admin
je vais vous écrire quelques histoires sur la ville d'Estaires (Nord) se situant à coté de Merville entre Béthune (Pas-de-Calais) et Armentières (Nord)


Le début de la Grande Guerre à Estaires (extrait tiré du bulletin municipal de mars 1997)


4 septembre 1914 : première patrouille allemande - Grande Rue - Estaires (photo M. Depuydt)


3 août 1914
L'Allemagne déclare la guerre à la France. La neutralité de la Belgique est violée, le Nord de la France est envahi.

4 septembre
Une première patrouille allemande en auto comprenant un officier et deux soldats armés arrive à Estaires comme en promenade et emmène prisonnier un soldat français en uniforme qui se trouvait dans la foule.

14 septembre
Une deuxième patrouille d'environ 200 cavaliers et cyclistes est signalée à la Quénèque (au bout de la rue de l'Epinette). Elle est poursuivie par les autos-mitrailleuses de l'armée anglaise.


Début octobre
L'ennemi progresse, poussant devant lui des milliers d'évacués.

11 octobre
Les troupes ennemies envahissent Estaires. Seuls les trois ponts continuent à résister, constituant un coin effilé dans les lignes ennemies avec une seule possibilité de retraite par la rue de Merville.
Le dimanche 11 eut lieu la tragédie du pont d'Estaires qui fit une quarantaine de victimes (que je raconterai ensuite).
Ce même jour, les Allemands qui ont atteint la Place, sous prétexte de coups de feu tirés par des civils, exigent de la ville une rançon de 50 000 francs. Ils menacent de mettre le feu aux quatre coins de la ville si le paiement n'est pas effectué avant 8 heures très précises du soir.
Les autorités estairoises recueillent péniblement cette somme chez leurs concitoyens restés à Estaires malgré l'invasion.

12 octobre
Le capitaine commandant Charles de Vrède libère vers 11 heures tous les otages qui avaient été pris parmi les personnalités, mais on apprend vers 5 heures qu'il a été tué à Lestrem dans les tranchées.

15 octobre
Après une contre-offensive de nos troupes, les Allemands évacuent la ville et se replient vers Armentières en emportant tout ce dont ils avaient pu s'emparer.



La tragédie du pont d'Estaires : 11 octobre 1914 (extrait tiré du bulletin municipal d'Estaires de mars 1997)


Le pont d'Estaires en 1914. A l'arrière-plan : l'usine Lefrancq également tenue par les Français (photo M. Depuydt)



Le 9 octobre, la préfecture de Lille avait donné l'ordre de faire évacuer tous les mobilisables. Cinquante à soixante mille hommes réussirent à passer mais plus de vingt mille durent se replier sur Lille, laissant aux mains des Allemands quatre à cinq mille prisonniers civils.
Le 11 octobre, quelques-uns qui étaient arrivés jusqu'au pont d'Estaires tombèrent au milieu des troupes ennemies. C'est alors que se déroula une des scènes les plus tragiques qu'ait vécu notre ville.

En voici le récit des rares témoins survivants:

"Les avant-gardes allemandes arrivées au pont se trouvent face aux Dragons français qui tiennent toujours les barricades du pont d'Estaires et les accueillent par une fusillade assez vive. L'armée prussienne n'ose franchir le pont.
Pourtant il faut passer. Les Allemands n'imaginent alors rien de mieux que de placer des civils devant eux pour leur servir de bouclier vivant et leur permettre de franchir le pont. Ils rassemblent des prisonniers qui étaient en leurs mains mais leur nombre leur paraissant insuffisant, ils en font rechercher une vingtaine d'autres parmi la population de la localité.
On les fait aligner. L'horreur de la situation leur apparaît aussitôt : ils se sentent inévitablement voués à la mort.
Les Français hésitent un instant : ils tirent-dessus des têtes des malheureux civils. Les cavaliers allemands en profitent pour se lancer sur le pont en se penchant sur l'encolure de leurs chevaux suivis bientôt d'autres cavaliers et de fantassins.
Les français vont être débordés, il faut se résigner : leur tir devient plus précis : des cavaliers tombent mais les civils également, l'un après l'autre.
L'un d'eux pour tenter d'échapper à la mort se jette du pont dans la rivière mais les Allemands l'abattent au moment où il remonte à la surface.
Les civils français ne sont plus que trois : MM. Charles Vieren et Eugène Fontaine d'Estaires et M. Desquennes, un Roubaisien.
Les Français prennent alors le parti de canonner le pont pour le rendre impraticable. Les trois civils tombent mais réussirent à se traîner à l'abri d'une maison.
A leur tour, les Allemands mettent leurs pièces en batterie, détruisant les maisons voisines et écrasant sous l'éboulement des murs les blessés qui s'y sont réfugiés.
L'action est terminée : les Allemands ne sont pas passés"

Quelques jours plus tard, ils reculaient jusqu'à Armentières où le front allait se stabiliser pendant 4 ans.
M. Vieren mourut à Béthune des suites de ses blessures.
MM. Fontaine et Desquennes survécurent. Parmi les morts se trouvait en particulier M. Louis Blanquart, adjoint au maire, un administrateur intègre et dévoué.
C'est en son souvenir que la place proche du pont porte ce nom.


Le 11 octobre 1992, sur cette place qui venait d'être rénovée, une plaque fut scellée rappelant cette tragédie:
"Passant, arrête-toi, souviens-toi qu'en ce lieu, le 11 octobre 1914, quarante orages ont servi de bouclier à l'envahisseur voulant pénétrer dans la ville d'Estaires. Ils ont été les victimes innocentes de ce procédé lâche et barbare. Espérons que ce sacrifice ne sera pas vain et que plus jamais nous ne revivrons une telle tragédie".

D'après MM. Depuydt, Warin, Desquennes et Joudin
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MessageSujet: e   Mar 20 Oct - 19:02

Un article tiré du bulletin municipal d'Estaires de juillet 1988. (à lire en gardant l'esprit critique, car ce sont des extraits de journaux d'époque parlant d'Estaires et le secteur)

"Voici quelques extraits de journaux de guerre 1914 : "La Dépêche", "Le Journal", "Courrier du Centre" conservés précieusement par des habitants d'Estaires.


Au Jour le Jour (article du 15 octobre 1914)
FRANCE

L'action des alliés s'étend actuellement de la région d'ypres à la mer.
De la mer du Nord jusqu'à l'Oise, les points principaux appartenant à la ligne de bataille des armées alliées sont : Ostende, Ypres, Béthune, Arras, Péronne, Roye et Ribécourt. Une deuxième branche relie Ribécourt à Verdun et une troisème descend de Verdun à Belfort. Cette ligne brisée mesure une longueur de 550 km. Elle coupe les départements des Vosges, de Meurthe-et-Moselle, de la Meuse et de la Marne, des Ardennes, de l'Aisne, de l'Oise et de la Somme, du Nord et du Pas-de-Calais.

Notre aile gauche est desservie par le littoral et par la ligne ferrée de grande communication Paris-Creil-Amiens-Arras-Béthune-Hazebrouck-Dunkerque. Elle a dû recevoir la densité nécessaire pour résister avantageusement à l'ennemi.

Il est à prévoir que les Allemands porteront leur effort sur les deux ailes, car ils n'ont pas renoncé à l'espoir d'atteindre Paris.

La journée du 15 a été marquée par un certain nombre de gains.

A l'aile gauche, nous avons pris Estaires, petite ville de la rive septentrionale de la Lys, en amont d'Armentières.

Au centre, nous avons progressé de près de deux kilomètres au nord et à l'est de Reims. Nous chassons l'ennemi de ses terriers.

A l'aile droite, nous dégageons Verdun, sur le front Etain-Fresnes. Nous avons atteint Marchéville, petit village à une épage de verdun et à 4 km dans l'est de Fresnes. Nos troupes, qui ont marché, du sud, dans la direction Saint-Mihiel-Apremont, tiennent ce village et la forêt, à l'ouest. Sur leur droite, elles ont rejeté les Allemands sur le Rupt-de-Mad; sur leur gauche, elles avancent vers Saint-Mihiel, qu'elles ne tarderont pas à enlever.

15 octobre 1914



Comment Estaires fut pris par un officier et 80 chasseurs

Un journal de Grenoble raconte comme il suit la prise d'Estaires :
Au petit jour, un lieutenant et 80 chasseurs, histoire de se dégourdir les jambes, décident d'aller voir de l'autre côté de la Lys, quel travail de charroi les Allemands ont fait toute la nuit. Ils traversent donc la passerelle séparant le village de La Gorgue, de la petite ville d'Estaires et commencent à fouiller les maisons et à faire dégringoler dans les rues les boches abrutis par le sommeil et l'ivresse. Les commandant allemand sort d'une cour, vise le lieutenant des chasseurs et le rate. L'autre, lui, ne le manque pas et l'expédie dans un autre mond avec une balle au front.
Durant le court séjour des soldats allemands à Estaires, toutes les maisons, les coffres-forts et les tiroirs de caisse ont été fracturés en vrais professionnels, par cette armée d'apaches. Dans un coin du cimetière, gisent les cadavres ligotés d'une quinzaine d'habitants inoffensifs, parmi lesquels l'adjoint au maire, un infirme, une femme enceinte, avaient été fusillés avec ces malheureux. La colère des chasseurs ne connaît alors plus de bornes ; Estaires est enlevé à la baïonnette. Estaires était pris, alors que 2000 Français s'approchaient à ce moment même, avec la mission d'enlever la petite ville : ils trouvères le travail fait.

15 octobre 1914
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MessageSujet: e   Mar 20 Oct - 19:03

Une Visite historique à Estaires le 1er décembre 1914

De tous les personnages illustres qui honorèrent de leur passage la ville d'Estaires avant sa destruction de 1918, les derniers furent : Sa Majesté le Roi d'Angleterre George V, accompagné du Président de la République Raymond Poincaré.
Leur suite se composait du Généralissime Joffre, des Maréchaux britanniques French et Douglas-Haig, du Prince de Galles, fils aîné du roi, futur Edouard III, des Chefs de Corps Hindous de Lahore, de Gourkas et des etats-Majors des deux armées alliées dont le jeune colonel parisien, Maurice Gamelin (futur chef d'état-major en 39-40) dont le père était originaire d'Estaires.
En cortège, les autorités passèrent la revue des troupes en tenue de combat massées dans la Grand-Rue et sur les places.
Estaires était alors considérée comme "ligne de feu", bien que sa population, augmentée des réfugiés d'alentour et des troupes qui y séjournaient, atteignait le chiffre de 20 à 25000 habitants!
Témoin de cette mémorable visite des chefs d'Etat, malgré l'activité des "Policemen" qui, par habitude, ne voyaient dans la population civile que des espions au service de l'ennemi et la traitaient comme telle...-il me souvient, enfant que j'étais, avoir vu de près Leurs Excellences et leur suite assister à la grande parade militaire écossaise, improvisée pour elles, face à l'Hotel de ville avec le concours d'une soixantaine de "Highland-Piper", parés de leurs riches uniformes à vareuses multicolores, portant le "kilt" traditionnel avec sa parure d'hermine, coiffés du béret enrubanné, jouant de leurs instruments aux tonalités caractéristiques que nous connaissions pour les avoir entendues une première fois quelques jours avant, à l'arrivée de l'armée écossaise en nos murs.
Ils se déplaçaient en un mouvement de va et vient incessant sur une étendue rectangulaire limitée par un triple cordon de troupes au "garde à vous", qui, tout en limitant l'accès au public, formaient déjà les éléments de l'important défilé militaire qui devait bientôt prendre le relais de cette belle manifestation folklorique d'Outre-Manche...
Soudain les trompettes des "Grenadier's-Guards" retentissent! Toutes les musiques militaires entament leur marche...C'est alors dans un tintamare indescriptible, l'interminable défilé...-Aux détachements anglais se succèdaient : Canadiens, Irlandais, Australiens coiffés de leur feutre à larges bords, puis les Ecossais, Néo-Zélandais et aussi les Hindous enturbannés aux airs féroces exhibant ostensiblement leur coutelas à bout de bras...
...A quelques kilomètres, sur le front de Neuve-Chapelle, dans leurs tranchées, les Alliés et les ennemis se faisent face...Ici nous parvenait le grondement assourdissant des canons qui se confondait avec le battement des tambours, des timbales et des grosses-caisses qui accompagnaient les airs endiablés de fanfares et de cornemuses...
Ce spectacle des traditions de tout un peuple, tableau haut en couleurs, rehaussé encore par l'or éclaboussant d'un soleil bas et flamboyant, tenait de la féérie...ce souvenir de mes neuf ans, je l'ai conservé intact!


Article tiré du bulletin municipal d'Estaires, octobre 1997
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