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 correspondance d'un alsacien dans l'armée allemande

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MessageSujet: correspondance d'un alsacien dans l'armée allemande   Lun 23 Fév - 3:09

post de médaille59

Je vous fait découvrir ici une pièce qui me tient à coeur : la correspondance d'un cousin de mon arrière grand-mère , un Alsacien originaire de Brunstatt, village de la banlieue mulhousienne.

Une quarantaine de lettres, télégrammes, que je vous livre par ordre chronologique.

Les originaux sont en allemand (origines familiales alsaciennes, donc j'ai eu des ancêtres dans l'armée française, d'autre dans l'armée allemande).

Il y a eu des pertes de lettres, donc quelques périodes sans correspondance ou interrogations dans certaines lettres sur des sujets apparemment abordé dans un courrier manquant. J'essaye de retranscrire le plus fidèlement possible, aussi, excusez le style... Entre crochet, les mots sous entendus,ou des précisions diverses...


Dernière édition par Admin le Lun 23 Fév - 3:12, édité 1 fois
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MessageSujet: e   Lun 23 Fév - 3:11

Lettre n°1

Heidelberg, le 6.9.14


Chers parents,

J’ai reçu avec beaucoup de joie votre lettre, de même qu’une carte du 1er de ce mois. Les deux autres cartes, je ne les aie pas encore reçu jusqu’à aujourd’hui. Où elles peuvent se promener, je n’en sais rien. Il y a 15 jours, j’étais à Mannheim, où je n’ai pas encore trouvé de courrier pour moi.
Je vais toujours bien. Ici, nous n’avons rien à faire, sinon des marches. Nous nous en allons à 1h et nous restons [dehors] jusqu’au lendemain 1h. Après nous avons un jour de libre.
Chaque jour arrivent des blessés. En vérité, nous avons déjà 70 français ici, la semaine dernière, nous en avions 150. Quand ils sont un tant soit peu rétablis, ils vont plus loin. Ici, ils sont très bien traités et ont aussi une bonne nourriture. Chaque jour, ceux qui peuvent marcher viennent dans la cour où ils reçoivent aussi des cigares et des cigarettes.
Je suis cantonné ici. Tout les 5 jours, nous avons un nouveau cantonnement, tous de bons cantonnements. Ici, on ne souffre absolument pas de manque de nourriture.
Vous n’avez pas besoin de vous faires de soucis pour moi, car je ne m’en irai probablement pas sur le champ de bataille. Comme je l’ai déjà écrit, j’ai d’abord été affecté au régiment de réserve n°110, où nous avons passé la visite [médicale]. Lorsque je suis sorti de la salle d’examen, il n’y avait plus d’uniforme : la compagnie était au complet, donc en excédent. Si j’avais voulu être un des premiers, alors je serais depuis longtemps sur le champ de bataille. Alors nous sommes arrivés au 40ème où nous avons été aussitôt libérés, en tant qu’excédent ; et de là au 110ème bataillon de dépôt. Alors, ma maladie de nerfs a de nouveau recommencé, plus fort que ce que j’ai déjà eu à la maison : maux de tête, pesanteur de l’estomac, et j’ai du beaucoup vomir. Je me suis fait examiner de nouveau, alors le médecin a écrit que j’étais bon pour le « service de place », donc impropre pour le service de campagne.
Lorsque j’étais dernièrement à Mannheim et que justement je cherchais à rentrer, j’ai appris que Louis W... gisait blessé à Mannheim, il doit avoir reçu une décharge à travers la mâchoire. Si ses parents connaissent son adresse, pourriez vous me l’envoyer pour que je sache s’il se trouve dans un hôpital, ou une école, ou ailleurs. J’aimerai bien lui rendre visite, mais je ne connais pas son adresse exacte, si bien que je pourrais peut-être aller de tous les côtés pendant toute une demi-journée, et finalement je ne le trouverai quand même pas, car je vois bien comment ça se passe ici.
Écrivez-moi donc une fois comment cela s’est passé à Mulhouse. Ici, on dit que les civils auraient tirés sur nos troupes. Nous, Alsaciens, nous avons été bien reçu dans le grand-duché de Bade, mais depuis que cela est connu, on entend beaucoup vitupérer contre les Alsaciens : c’est aussi inouï de tirer sur ses propres fils ! Mulhouse devait donc justement se distinguer de nouveau !
Est-ce qu’aucune de nos vaches n’a encore été abattue ? Est-ce que vous en attelez ? Y a-t-il déjà eu des Brunstattois tués ?
Dans l’espoir d’avoir bientôt de vos nouvelles, je vous salue tous.

Eugène

[Quelques lignes ajoutées en dessous, écriture différente, indéchiffrables]








Lettre 2

Mannheim, le 7.10.14

Chers parents,
J’ai reçu avec beaucoup de plaisir votre lettre du 5 de ce mois.
Je suis toujours en bonne santé, et je pense que c’est aussi le cas pour vous.
Samedi dernier, toute la garnison, nous avons passé la visite [pour savoir si nous étions] bons pour le service : presque tous sont devenus « apte à faire campagne ». Maintenant, nous devons faire chaque jour une marche pour savoir si nous pouvons tenir bon.
Chaque jour peut venir l’ordre de prendre l’uniforme, mais aujourd’hui je ne pense pas que cela se fera cette semaine.
Effectivement, nous dormons sur une estrade de théâtre dans une fabrique, une paillasse posée à côté d’une autre. Lundi dernier, j’ai rendu visite à Jos A... : cela va bien pour lui, il est aussi possible qu’il obtienne une permission. Plusieurs d’entre nous ont déjà présenté une demande, mais peu ont reçu [une permission], tout au plus 4 jours.
De Marcel , j’ai reçu une carte, et je lui en ai aussi envoyé une en retour. Maintenant, il va sans doute recevoir régulièrement du courrier, s’il est toujours [illisible], j’en suis bien sûr. S’il ne peut pas toujours être [illisible], il doit seulement aller au secrétariat et vérifier le courrier, comme je le fais moi aussi. En ce qui concerne sa permission, il doit s’adresser au chef de compagnie. Je sais que le médecin ne peut accorder de permission à personne [pour aller] en Alsace. Il doit dire que le médecin lui a donné 15 jours de permission de convalescence, mais qu’il ne peut pas lui donner de permission en Alsace.
Le paquet au sujet duquel je vous ai écrit, les gens n’ont pas pu l’expédier. Aussitôt que la poste l’acceptera, ils vous l’enverront.
Ici, beaucoup de ceux qui avaient été réformés en permanence pour le « service de place » et qui avaient été renvoyés, ont de nouveaux été incorporés. Ils sont maintenant depuis 8 jours au front. J’ai pensé qu’il en a été ainsi pour Jean-Baptiste S... .
Si la femme de Jos ADAM vient par ici dimanche prochain et si Eugénie veut venir avec elle, elle doit m’apporter deux paquets de « Wilden Mann » et du papier, car ici on n’en reçoit pas. J’ai du papier dans ma chambre [sans doute à Brunstatt] ([illisible], 2 livrets).
Quand elles viendront, elles doivent prendre le tramway n°10 et aller jusqu’à la « Neckarbrücke », de là elles sont en une minute chez A... . Ou bien envoyez moi ou à lui, en cours de route peut-être, un télégramme [pour dire] quand elles arriveront.
Si je devais partir encore cette semaine, alors je vous enverrai un télégramme, pour qu’Eugénie n’ait pas besoin de venir.
En attendant, je vous salue tous,

Eugène







Lettre 3

Dans la tranchée, le 1.12.14

Chers parents,
Je viens juste de recevoir avec joie et grand merci votre lettre, 2 paquets [de tabac], les sardines et le 2ème paquet. Le 1er paquet, je ne l’ai pas encore reçu, mais je peux encore le recevoir. Comme on me l’a justement dit, vous ne devez plus écrire « réserviste », mais « fantassin » puisque je suis dans un régiment d’active, et ainsi on fait plus attention ou les affaires doivent aller.
Depuis dimanche matin, nous nous trouvons de nouveau dans la tranchée, et nous serons de nouveau relevés samedi prochain. Ensuite nous aurons 2 ou 4 jours de repos et nous nous retirons de nouveau à Roye [Somme] où toute la compagnie sera logée dans une maison. Le régiment [88ème RI, 21ème DI, 18ème CA] se tient déjà depuis 5 semaines dans cette position et il est possible que nous restions encore longtemps ici, s’il n’y a pas d’attaque.
Pour nous, fantassins, un coup de feu est rarement tiré. Par contre, l’artilleur tire tous les jours. L’infanterie française tire plus souvent, mais sans résultats. Chez nous, les munitions ne sont pas tellement gaspillées. Depuis que je suis ici, nous avons eu dans notre compagnie 4 morts, aucun blessé. Deux ont été tués par un tir de shrapnell, les deux autres ont trouvé la mort par étouffement, car leur abri s’est effondré. Ils venaient juste d’entrer avec moi [dans le sens « incorporé »]. Pendant le journée, nous nous trouvons dans l’abri, et un homme de chaque groupe est de faction, il est relevé chaque heure. Par contre, la nuit, il y a un deuxième homme de faction. Nous avons aussi à travailler durant presque toute la nuit : dans la tranchée, il y a toujours quelque chose à réparer.
B..., je l’ai tout de suite rencontré le 1er jour à Roye, mais plus depuis, il est dans le 89ème régiment. Au 88ème régiment, il y a encore 3 Brunstattois : CH..., AM... et Barth. SCH... son camarade, mais nous ne pouvons nous rencontrer que rarement.
Dans toute la région, c’est assez dévasté : des villages qui sont entièrement détruits, des champs entiers plein de betteraves à sucre qui sont encore en plein air et qui vont périr. Dans la tranchée, nous avons n’avons comme couche que du blé qui n’a pas été battu.
Vous me demandez de vous écrire ce que vous devez m’envoyer et ce que je préfère avoir. Cela m’est égal, l’essentiel est seulement d’avoir toujours quelque chose avec le pain. Vous n’avez pas besoin de m’envoyer trop de choses : si je n’ai pas toujours le saucisson avec le pain, avec un morceau de chocolat, je suis aussi content. Jusqu’à aujourd’hui, je n’avais encore rien d’autre. Vous n’avez pas non plus besoin de m’envoyer un paquet chaque jour. Vous pouvez m’envoyer un crayon à encre, un carnet ou un grand portefeuille pour les cartes et papier à lettre, et aussi une paire de chaussettes.
Vous m’écrivez aussi que la mère me tricote des pulls et des « chauffe-cœur ». Vous n’avez pas besoin de m’envoyer ces affaires, j’ai encore assez de ces choses. Des pulls et des « chauffe-oreilles », j’en ai deux paires de chaque, que j’ai reçu en cadeau à Heidelberg. La semaine dernière, chaque homme a touché en cadeau une couverture de laine.
Envoyez moi plutôt du « Wilden Mann ». Le dernier tabac que vous m’avez envoyé est trop fort pour moi.
Dans le bon espoir que cette lettre vous trouveras en bonne santé, je vous salue tous.

Eugène

Salutations à Sœur Octavienne .
- quand on est couché, c’est difficile d’écrire.
- S’il vous plait, écrivez moi plus souvent !








Lettre 4

En tranchées, le 13.12.14

Chers parents,
Je viens de recevoir avec grand plaisir une lettre, le journal et un paquet. Des 14 paquets que vous m’avez envoyés jusqu’ici, je les ai tous reçu sauf deux. Mais je ne les reçoit pas vraiment selon leur ordres d’envoi.
Mercredi soir, nous nous sommes mis en marche à partir de Roye pour nous retranché et nous avons travaillé jusqu’à 5 heures du matin. Du retranchement, nous nous sommes portés dans une position dans laquelle nous devons rester 10 jours.
Depuis que nous sommes de nouveau en position, nous avons de la pluie. Vous pouvez donc bien penser comme c’est agréable avec des vêtements mouillés. Dans la journée, nous sommes à peu près tranquilles, par ci par là seulement il tombe un tir d’infanterie. Par contre, l’artillerie tire plutôt de jour. Les français ont essayé deux fois de nous attaquer cette semaine, mais chaque fois, ils ont été repoussés. Hier soir, nous avons été de nouveau assez dérangé : de 7h du soir jusqu’à 1h du matin, nous sommes restés debout, prêts à tirer. Les français ont tirés sur nous un violent tir d’artillerie. Nous pensions qu’ils voulaient attaquer mais apparemment, ils n’en ont tout de même pas eu le courage. L’adversaire qui attaquera ici aura de lourdes pertes.
Le matin où nous avons quitté Roye, un obus a de nouveau défoncé une maison. Il en résulta 1 mort et 7 blessés. Le mieux serait que nous fassions partir plus loin les personnes civiles qui se trouvent encore à Roye. Plusieurs personnes ont déjà été arrêtées parce que, pendant la nuit et avec des signaux lumineux, ils faisaient des signes aux français, et quand même, ils ne s’arrêtent pas pour autant.
Sur le champ de bataille, nous avons déjà été vaccinés deux fois à la poitrine. Avec cela, on a de fortes douleurs pendant quelques jours. Chacun est vacciné trois fois.
Pour ce qui est de la nourriture, cela me parait moche. Le matin, un demi quart de café froid, et le soir le repas est de nouveau froid, surtout par temps de pluie, si seulement nous n’avions que de l’eau dans la tranchée !
Dans la dernière lettre, je vous avait écrit que vous ne devez pas m’envoyer autant de paquets, mais continuez seulement à m’en envoyer, je vois que cela n’est pas de trop.
[illisible] vous n’avez pas besoin de m’en envoyer, car ils sont mouillé quand ils arrivent. Des bonbons à la violette, ou quelque chose de ce genre, c’est mieux.
Les genouillères, vous pouvez m’en envoyer, et un crayon à encre, quelques cartes de la poste aux armées, du papier à lettre et un carnet ou un grand portefeuille pour y placer mon matériel d’écriture.
S’il se passe de nouveau quelque chose chez vous, ce que je ne pas, Marcel doit m’écrire pour que je me mette en relation avec Martin à Heidelberg, où il doit lui-même m’envoyer des paquets : je peux donc lui envoyer aussi quelque argent.
Dans l’espoir que cette lettre vous trouvera en bonne santé et alertes, je vous salue tous.

Eugène
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MessageSujet: e   Lun 23 Fév - 3:15

Lettre 5

Roye le 25.12.14

Chers parents,
J’ai reçu avec grand plaisir votre lettre du 15 de ce mois, ainsi que les paquets jusqu’au n°27. Le grand paquet, je l’ai reçu hier, il est vrai que la viande et la saucisse sont couvertes de moisissures, mais cependant pas abîmées. Je n’ai toujours pas reçu le premier paquet, mais j’ai déjà reçu deux paquets avec le même numéro.
En effet, nous nous trouvons au repos en tant que réserve à Roye, et demain matin de bonne heure, nous occuperons de nouveau la tranchée.
Hier soir nous avons fêté Noël. Nous nous sommes réunis dans l’école, nous avons chanté deux chants de Noël, un prêtre qui est avec nous au front a fait une allocution. Ensuite chacun a reçu trois paquets. Dans mes paquets, il y avait un caleçon, un couteau de poche, du lard et du saucisson, des cigares, des cigarettes et du tabac, des gâteaux et un cube de soupe. Nous avons été très comblés de ces cadeaux. Il y a eu aussi une loterie. Chacun devait tirer d’une boîte un billet, et celui qui avait tiré un numéro recevait encore quelque chose de plus. J’ai tiré le n°9 et j’ai reçu alors mon numéro, à savoir une boîte de cigares, avec un seul cigare, qui était emmailloté dans une masse de papier. Il faut dire qu’il y a encore des plaisanteries.
Le soir, nous avons eu encore sous les yeux de la bière et du vin, ce qui nous a bien plu. Nous avons fêté Noël, mais ce n’est quand même pas la même chose que quand on peut le fêter à la maison en famille, car pour plus d’un d’entre nous, les larmes étaient dans les yeux.
Les français nous ont aussi envoyés leurs cadeaux sous formes d’obus. Personne d’entre nous n’a été blessé, seule une personne civile a été tuée. Presque tous les jours, il y a ici à Goyencourt [N.N.O de Roye] des blessés ou des morts. C’est pourquoi nous ne passerons plus les jours de repos à Roye, mais à Gruny [N.N.E de Roye], où nous serons plus en sécurité qu’ici. Ici, les soldats du génie ont aussi abattu le clocher, pour que les français ne puissent plus avoir un bon point de mire, mais cela ne sert pas à grand-chose, ils ont déjà réglé leur tir.
Nous revenons justes à 6h30 du retranchement, et je veux maintenant continuer à écrire une lettre. Vous m’écrivez que B... Julius est au 87ème, alors il nous a sans doute déjà relevés dans la tranchée. On nous avait laissé le choix d’aller au 87ème ou au 88ème. Écrivez-moi dans quelle compagnie il est, effectivement il y a aussi ici en réserve un de leur bataillon.
Vous n’avez plus besoin de m’envoyer des lainages, tout au plus encore des genouillères. Des caleçons, j’en porte deux depuis longtemps et hier j’ai fait une grosse lessive.
J’ai bien assez à porter, et il n’y a pas de place dans mon sac.
Si vous m’envoyez encore des bonbons, alors envoyez-moi des bonbons à la violette, ou quelque chose de semblable. Ceux que vous m’avez envoyés jusqu’à présent sont toujours sérieusement mouillés, et le saucisson en est toujours barbouillé !
Le dernier tabac est trop fort pour moi. Marcel m’a écrit qu’il va me procurer du Job [papier à cigarette]. Si vous pouvez en avoir, vous pouvez aussi en acheter.
Hier j’ai aussi reçu un paquet de Martin de Heidelberg, contenant des gâteaux et des cigarettes.
Hier soir il a neigé, mais la neige n’est pas restée. Ce matin, il avait fortement gelé.
Je suis toujours en bonne santé et je vous souhaite la pareille.
Je vous souhaite à tous une heureuse nouvelle année et bientôt un joyeux revoir.
Salutations à tous

Eugène

Mes salutations aux sœurs.







Lettre 6

Gruny, le 18.1.15

Chers parents,
J’ai bien reçu les paquets, qui sont toujours bien emballés, jusqu’au n°48. Les paquets d’une livre arrivent aussi vite que les paquets de1/2 livre.
Momentanément nous sommes ici au repos en tant que réserve. Après demain, nous, la 3ème compagnie, au lieu d’aller dans la tranchée, nous allons partir vers Goyencourt, probablement comme réserve, où nous resterons 8 jours. Ensuite nous resterons pendant la journée à Goyencourt, et de nuit nous marcherons plus près, vers la tranchée, où nous serons cantonnés dans la cave d’une ferme démolie à coups de canon, de sorte que nous soyons immédiatement disponibles en cas d’attaque.
Hier matin, nous autres catholiques, nous avons été à Carrépuis [village au N.E de Roye, Somme] où nous avons assisté à la Sainte Messe. C’est la 4èmefois que nous avons cette possibilité sur le front. Dans les prochains jours, nous aurons aussi de nouveau la possibilité d’aller à confesse.
Depuis plusieurs jours déjà, on n’entend ici rien d’autre que le tonnerre des canons. Depuis plusieurs jours, les français tirent sur notre tranchée. La semaine dernière, la 7ème compagnie a eu 1 mort et 2 blessés, et hier un homme tué par un coup de fusil. Presque chaque jour le régiment a des blessés, mais nous n’y faisons plus attention. Le fait que notre artillerie soit bien bombardée, nous l’avons vu il y a 8 jours hier. Notre groupe était de garde de jour et nous avons vus exactement comment les obus éclataient près de la tranchée. Il y avait aussi deux aéroplanes qui observaient où les obus tombaient et ensuite faisaient des signaux pour dire si on tirait trop loin ou trop court. On pouvait aussi voir un aéroplane ennemi, mais il ne volait pas plus loin que la tranchée ennemie.
La semaine dernière, nous avons aussi vu pour la première fois, des bombes [Mortier] françaises. Les bombes doivent être plus dangereuses que les obus : c'est-à-dire que depuis trois nuits déjà, ils nous en ont envoyés quelques unes, mais toutes sont tombées sur le 80ème régiment, qui se trouve à notre gauche. De toute façon, le 80ème régiment se trouve dans un coin dangereux : tous les jours ils ont des blessés. Du fait que nous avons aussi des bombes ici, les français devront aussi prendre garde.
La semaine dernière, il y a eu aussi à notre droite une attaque, où nous avons fait plusieurs prisonniers.
Mercredi sont de nouveaux passés de notre côté un sous-officier et 12 hommes avec armes et bagages. Tous des hommes de déjà plus de 40 ans, par conséquent il y a en face de nous un régiment de l’armée territoriale.
Dans la compagnie, nous n’avons plus que très peu de gens qui ont déjà fait leur service, mais le plus souvent des réserves qui devaient entrer au service à l’automne et des réservistes. Moi et Léo, nous devons être sans doute les plus âgés dans notre compagnie.
Nous avons encore toujours de la pluie, et aujourd’hui la 1ère neige, ce qui nous fait beaucoup de gâchis. Dans notre dernière position, notre groupe a dû 2 fois reconstruire la meurtrière parce qu’elle avait été renversée par la pluie. Ce travail est toujours pour moi, Léo et un autre Mulhousien, parce que les réserves n’ont pas la moindre idée [de ce qu’il faut faire].
Gruny est aussi passablement criblé de balles. Dans la maison où nous couchons, nous nous gelons beaucoup la nuit, bien que nous fassions du feu toute la nuit. C’est qu’on couche juste sur de la paille seulement et on n’a qu’une couverture. Le sol est en briques et le vent passe partout. Comme je l’ai entendu dire, nous devons revenir la prochaine fois à Roye.
Comment cela va-t-il à la maison ? Est-ce que tous sont en bonne santé ? Et avec le bétail, y en a-t-il un peu de vendu ? Les nouvelles de la maison me sont presque plus chères que les paquets. Toute la journée je pense à vous. Marcel m’écrit peu aussi. Dernièrement, je lui ai envoyé 10 marks, mais aujourd’hui je ne sais pas encore s’il les a reçus.
En vérité, je suis seul dans la pièce, tous les autres sont à l’exercice. C’est pourquoi je vais leur faire chauffer du café, pour qu’ils aient quelque chose de chaud quand ils rentreront. Par le même courrier, je vous envoie 2 paires de mitaines et une carte des environs.
Vous pouvez aussi m’envoyer des chaussettes russes ou une paire de bas.
En espérant bien que cette lettre vous trouvera au mieux comme elle me quitte, je vous salue tous.

Eugène

Est-ce que Joseph TSCH... est encore à la maison ?







Lettre n°7

Fresnoy, le 8.2.1915

Chers parents,
J’ai reçu avec beaucoup de plaisir votre lettre du 24.1, ainsi que les paquets jusqu’au n°70.
Pendant 8 jours, je n’ai plus reçu aucun courrier, Léo et le mulhousien non plus, alors sans doute nous avons tout de suite pensé « quelque chose doit être arrivé à la maison », et nos pensées étaient toujours dans notre Patrie.
Comme nous nous sommes réjouis quand hier nous avons reçu une quantité de paquets et de lettres, cela vous pouvez bien le penser ! Et la lettre m’a causé un plaisir particulier.
Ce matin, nous avons été détachés de la 7ème compagnie, [partant] de notre cave à Parvillers [Parvillers-le-Quesnoy, N.O de Roye, Somme], et nous nous sommes retirés à Fresnoy pour 4 jours de repos. A Parvillers, ces 8 jours nous ont assez bien plu, c’était bien sûr bien plus beau que dans la tranchée, bien que les souris attaquent le pain et parfois aussi l’une d’entre elle nous courait sur le visage.
Dans la journée, nous avions seulement 1 heure à travailler, notamment quand l’artillerie arrêtait de tirer et que nous pensions être en sécurité. De nombreux tirs d’infanterie pénétraient dans le village.
Pendant cette heure, nous devions rassembler des planches et des poutres qui seront utilisées dans les tranchées pour [faire] des abris et d’autres ouvrages. Nous en avions rapidement rassemblé une quantité, car des maisons et des granges détruites, il y en a suffisamment.
Pendant la nuit nous avons quatre fois élevé des fortifications, et une fois transporté de la tôle ondulée dans la tranchée. C’est aussi tout un travail, car quand 4 hommes (d’avantage d’hommes ne peuvent le saisir) ont amené un tel morceau de tôle jusqu’à la tranchée, alors ils savent aussi ce qu’ils ont travaillé !
Dans la position où nous sommes maintenant, cela me paraît aussi plus dangereux que dans la dernière. Les canons tirent presque toute la journée, et la nuit un assez grand nombre de fois aussi. La tranchée est beaucoup bombardée par l’artillerie. Chaque jour, il y a des blessés et des morts.
Vous m’écrivez que maintenant Jos TSCH... va probablement aussi rentrer en campagne et qu’il va demander à venir chez nous : cela ne marchera sans doute pas, il ira dans un régiment où la relève est nécessaire ou dans un nouveau régiment.
J’ai reçu les cartes d’Alphonse, Marie de Mulhouse et Marie E... .
J’ai aussi toujours reçu les journaux et les cartes de la poste aux armées. Si je ne vous en ai encore envoyées aucune, cela vient de ce que j’en ai déjà reçu deux fois de Heidelberg.
En espérant bien par cette lettre vous trouver en bonne santé et dispos, je vous salue tous.

Eugène

Salutations à Camille et à Sœur Octavienne.
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MessageSujet: e   Lun 23 Fév - 3:16

Lettre n°8

Fresnoy, le 13.2.1915

Chers parents,
Par la présente, je vous fais part que nous sommes toujours à Fresnoy, comme réserve.
Nous devions hier matin relever le 3ème bataillon dans la tranchée, mais comme le régiment ne doit plus rester en ligne que pour deux jours et que la relève est toujours liée aux circonstances, on a sans doute préféré que le 3ème bataillon reste encore deux jours dans sa position, et que nous restions en réserve à Fresnoy.
En fait, nous allons 15 jours en repos à Nesle [12km au N.E de Roye, Somme] pour la détente, mais sans doute y aura-t-il des exercices et des marches pour dresser les jeunes recrues.
Ici à Fresnoy, cela nous a assez bien plu, bien que nous soyons très près de la ligne de tirailleurs. Nous avons très joliment installé notre petite pièce où nous logeons à 5 hommes. Nous nous sommes arrangés une table et deux bancs. Nous nous sommes aussi procuré un fourneau que nous avons trouvé dans le village et que nous utilisons aussi bien pour la cuisine que pour nous chauffer. En fait, on doit tout se chercher et le rassembler, les maisons sont toutes vides. Ma foi, nous nous installons partout commodément, car nous trouvons que c’est quand même plus agréable quand on peut manger et écrire sur une table, au lieu de toujours s’asseoir par terre, comme le font la plupart. Le soir on se couche aussi sur la paillasse quand elle a l’air encore fraîche, plus volontiers encore que si on a marché partout avec des bottes sales, et qu’en plus, on a festiné à satiété.
Ici, presque partout, on ne voit que des maisons de torchis à un étage, avec seulement deux pièces.
Ce qui est le plus à déplorer ici dans les environs, c’est l’eau. Une eau aussi mauvaise qu’ici, je ne l’ai encore rencontrée nulle part. Si l’on n’a pas une trop grande soif, on ne peut pas la boire à l’état brut. Il n’y a que des puits, profonds d’environs 20 mètres, où l’on suspend un seau que l’on fait descendre et que l’on remonte de nouveau. Beaucoup sont aussi détruits, ou bien l’eau est trop sale, et par conséquent, il faut parfois aller loin pour se procurer de l’eau.
Nous pouvons être heureux d’avoir été relevé à Parvillers, car le jour même un obus est tombé dans la cave, où il y a eu deux morts et plusieurs blessés. Nous avons ici des caves très profondes, la plupart voutées. Il y a aussi beaucoup de maisons dans lesquelles se trouvent deux caves, l’une au dessous de l’autre, mais on ne peut plus y trouver de vin.
Un obus est aussi tombé dans la tranchée sur un abri, où tous ont été blessé, à l’exception d’un seul, natif de Flaxlanden.
Hier cela s’est passé assez joyeusement dans notre baraque. Nous avions en effet la visite de plusieurs camarades qui n’avaient pas de feu dans leur chambre. Alors on a fondé une « musique » avec harmonica, tambour, triangle, ustensile de cuisine et toute sorte d’autre matériel, et nous avons chanté et fait du bruit jusque tard le soir : il ne manquait que le vin et la bière !
Nous avons eu ma foi 6 jours agréables, nous ne savions presque pas faire passer le temps. Moi et Léo, nous n’avons jamais été de garde : en fait nous avons toujours été épargné, parce que nous sommes les plus âgés de la compagnie, et par ailleurs, nous n’avuions aucun service, comme faire de l’exercice deux fois une heure.
Demain marin à 9h, c’est la mise en route vers Nesle, espérons que cela aura meilleure allure qu’ici. Nesle doit être encore habité et peu détruit. Pendant 15 jours, nous serons aussi à l’abri des obus. Je vous écrirai plus tard de quoi ça a l’air là bas.
J’ai reçu les paquets jusqu’au n°76. Vous n’avez pas besoin de m’envoyer des pommes : jusqu’à ce qu’elles arrivent ici, elles sont fichues. Envoyez moi une fois des « Mettwûrst » [saucisse à tartiner] et le boudin est aussi meilleur que les « gendarmes » et le « Presswürst » [sorte de saucisson].
Dans le bon espoir que vous êtes toujours en bonne santé et alertes, je vous salue tous.

Eugène

Grand merci et bonnes salutations à sœur Octavienne.
Salutations de la part de Léo.
Envoyez moi l’adresse de Jos A... …







Lettre n°9

Lanquevoisin [en fait Languevoisin,Somme], le 18.2.1915

Chers parents,
J’ai reçu avec beaucoup de plaisir votre lettre du 6, la carte du 12 de ce mois, de même que les paquets jusqu’au n°82. Jusqu’à aujourd’hui, les paquets 51 et 54 ne me sont pas encore parvenus.
En fait, nous nous trouvons à Lanquevoisin [sic] près de Nesle, où nous resterons 15 jours pour nous reposer un peu. Lanquevoisin [sic] est une toute petite localité, encore assez peuplée et peu touchée par les tirs. Nous logeons à 40 hommes dans l’école, où nous sommes couchés très à l’étroit tous ensemble, car la salle n’est pas trop grande.
A côté de l’école habitent 3 femmes qui ont encore une vache. Moi et Léo, nous y allons chaque jour 2fois, nous leur achetons du lait et nous faisons là bas du cacao ou du lait. Elles nous donnent le lait pour 16 pfennig le litre. Les gens sont là aussi en mauvaise posture, depuis le début de la guerre, ceux-ci ne savent plus rien de leurs parents. Depuis le début de la guerre, ils n’ont plus vu aucuns soldats français, à part des blessés.
Dernièrement, on pouvait lire dans un rapport français, que les français nous avaient attaqué près d’Andrechy [N.O de Roye, Somme], qu’ils nous avaient jetés hors de la tranchée et qu’ils avaient pris possession de celle-ci. Tout cela est inventé. Depuis déjà plus de 4 mois, nous sommes dans la même position, nous n’avons pas avancé d’un pas ni non plus reculé. Ici nous n’avons encore fait aucune attaque contre l’ennemi. Par contre, les français l’ont essayé plusieurs fois, mais jusqu’à présent, ils ont toujours été repoussés. Comme on nous l’a fait savoir, nous pouvons rester encore plus longtemps dans cette position.
Hier et avant-hier, on n’avait ici rien d’autre que le tonnerre des canons. Nous avons tout de suite pensé que les français avaient de nouveau projeté une attaque, qui s’était aussi produite hier soir près de Parvillers [N.N.O de Roye, Somme], dans la position où nous étions dernièrement. Nous devons avoir eu 90 morts et blessés, mais la plupart par le tir d’artillerie. Le nombre de français est beaucoup plus important, nous avons fait aussi des prisonniers.
Je ne crois pas qu’ils puissent faire une percée par ici, bien qu’ils soient de très bon soldats, supérieurs à nous en beaucoup de chose. Les russes par contre, nous les attraperons apparemment comme des souris qu’on attire dans la souricière. Quand ce sera une fois terminé avec la Russie, les français et les anglais suivront d’eux-mêmes.
Aujourd’hui, Léo s’est fait porter malade. Il est à l’hôpital à Nesle, à cause de ses nerfs. Quand nous avions à marcher, ne serait-ce que quelques kilomètres, il se plaignait toujours à moi, qu’il ne pouvait bientôt plus aller plus loin. Depuis que nous sommes ici, il s’allongeait toujours si tristement ça et là, et quand je lui demandais ce qui n’allait pas, il me disait toujours : « je remarque que cela va toujours plus mal pour moi, je ne peux plus le supporter plus longtemps, je dois me faire porter malade ». Il m’a dit que vous ne devrez rien dire de cela à ses parents, à part à sa sœur. Marie doit ensuite faire ce qu’elle veut, mettre ses parents au courant ou non. Tout ce qu’il m’a dit, vous n’avez pas besoin non plus de le dire à sa sœur, gardez le pour vous. Peut-être qu’après quelques jours, il reviendra de nouveau dans la compagnie. Si cela m’est possible, j’irai le voir dimanche.
Demain, nous irons à Nesle, pour prendre un bain.
De Jos S..., j’ai reçu une carte, à laquelle j’ai répondu tout de suite.
De Marcel, j’ai reçu une carte de Halle [Allemagne Orientale], mais je ne pense pas qu’il va pouvoir tenir bien longtemps, avec son bras.
Grâce à Dieu, chez moi cela va toujours bien, je suis toujours en bonne santé, et j’espère qu’il en est de même pour vous.
En envisageant volontiers une paix prochaine, je vous salue tous.

Eugène

Répondez moi vite (prompte réponse).







Lettre n°10

Roconcourt [en fait Roquencourt, Oise], le 9.3.1915

Chers parents,

J’ai reçu avec grand plaisir votre lettre du 1er mars.
Samedi, nous avons été relevés de la tranchée, et nous avons marché vers Lanquevoisin [sic], où nous avons eu un jour de repos.
Hier et aujourd’hui, nous avons marché et nous sommes arrivés ici. Demain, nous avons encore une marche de 24 kilomètres à faire et ensuite nous serons embarqués.
En fait, 2 régiments du corps d’armée sont partis.
Je ne sais pas où nous allons, probablement en Russie.
Il était aussi question d’aller en Hollande, les anglais veulent là-bas faire une percée.
En tout cas, nous allons d’abord en Allemagne.
En attendant, écrivez-moi à l’ancienne adresse, jusqu’à ce que j’en sache davantage.
En attendant, je vous salue tous.

Eugène

Continuez d’envoyer des paquets.
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MessageSujet: e   Lun 23 Fév - 3:17

Lettre n°11

De la tranchée, le 21.4.1915 [lieu inconnu]

Chers parents,

Hier soir j’ai reçu avec grand plaisir votre lettre du 14 de ce mois.
J’ai reçu des paquets jusqu’au n°125 : il me manque 119 et 122, et j’ai reçu tardivement les suivants : 110, 113 et 114. Nous sommes de nouveau en position depuis le 16 et restons jusqu’au 23. Pendant ce temps, nous ne recevons que les lettres, car il est difficile de distribuer les paquets.
D’après votre lettre, il me semble que vous n’avez pas reçu ma dernière lettre.
Nous avons ici une très mauvaise position, et nous nous réjouissons beaucoup d’être de nouveau relevés le 23. Ici, tous les 8 jours, nous arrivons dans une autre position : une fois vers l’avant puis de nouveau vers l’arrière dans l’emplacement de l’artillerie, une fois à droite puis de nouveau à gauche.
Dans la position précédente, nous recevions de tous les côtés des tirs en écharpe, mais nous en étions assez bien protégés, car entre chaque homme on avait édifié des sacs de sable.
Mais les français nous envoient aussi par ici des bombes, et nous naturellement, faisons de même. A ces bombes, il faut le plus prendre garde, mais on peut bien les éviter, si on ouvre bien les yeux : on les voit très bien arriver, ils volent très haut et tombent doucement.
Pendant 48 heures, on n’a naturellement pas le droit de dormir, et aussi lorsque nous arrivons là [en campagne], nous recevons du lard à emporter, parce qu’on ne nous apporte pas de repas chaud. Mais avec le lard, on attrape une forte soif, et alors le bidon est bientôt vide. Pour aller chercher de l’eau, on a besoin de 3 bonnes heures, et c’est alors qu’on est très exposé au danger, car le boyau de communication est très bombardé par l’artillerie. Bien qu’il faille bien faire ce chemin et qu’il soit exposé au danger, ils y en a toujours quelques uns qui partent pour chercher de l’eau. Par endroit, nous sommes éloignés de l’ennemi de 20 à 100 mètres, 100 mètres étant le plus loin.
Lorsque nous étions là la dernière fois, nous en avons aussi subit des choses, jusqu’à ce que nous soyons passés par le boyau de communication ! Car il avait plu pendant toute la journée, et lorsque nous avons dû y passer de nuit, par endroit la boue nous montait plus haut que les genoux.
Le lundi de Pâques, j’ai aussi eu de la chance, Dieu merci ! Un obus est tombé à moins de 2 mètres de moi. Mon voisin poussa un cri, moi et un mulhousien, nous avons couru un peu vers la droite, et c’était notre chance, car aussitôt 3 autres pièces sont tombées. A l’un, cela lui a brisé le bras et déchiré le ventre, il est mort quelques heures plus tard. Comme il nous l’a encore dit, ce n’est que le 2ème obus qui lui a ouvert le ventre.
Quand nous sommes de nouveau revenus en position le 16, nous avons encore également été salués par des obus et des chrapnelles [sic], mais il n’y a eu qu’un blessé.
Le 17 au soir, devant le feu de l’artillerie, la cuisine roulante a dû de nouveau prendre la fuite, de sorte que seulement quelques hommes ont reçu à manger.
Le 18, nous nous sommes déplacés un peu plus loin sur la gauche, là où nous étions aussi en première position. Là, nous étions aussi par endroit très près de l’ennemi, et là nous avons eu aussi de nouveau un tué dans la compagnie. Entre nous et l’ennemi, encore beaucoup de morts étaient étendus, en majorité des français.
Le 19 à 7h du soir, nous avons soutenu de nouveau un très violent tir d’artillerie ; cette fois ils n’ont pas tirés tous les coups trop loin et beaucoup d’obus éclatèrent dans la tranchée. Mais, dans la compagnie, nous n’avons eu qu’un blessé, mais ceux qui étaient plus loin à gauche ont eu 42 victimes, la plupart des morts. Dans notre groupe, 2 obus sont tombés sur le toit [de notre abri], mais personne n’a été blessé, seulement des saletés ont été propulsées dans notre repos [abri], de sorte que nous pouvions juste le flanquer dehors. L’artillerie nous bombarde toujours à ce moment [le repas]: comme je le suppose, ils [les français] doivent entendre les cuisines roulantes lorsqu’elles approchent, mais ils ne peuvent pas bien les voir, car elles font routes dans une petite vallée.
Le 19 à 9 heures du soir, nous nous sommes déplacés de nouveau, un peu plus loin à gauche dans la 2ème position : ici, ce n’est pas aussi mauvais pour nous : nous recevons seulement le tir de l’artillerie, mais nous sommes difficiles à atteindre, car nous sommes sur la pente de la colline et la plupart des obus explosent devant nous ou dans la vallée.
Ce soir, nous nous déplaçons sur la position précédente et le 23 nous serons relevés par un autre régiment.
Depuis que nous sommes en position ici, nous avons eu 3 morts et quelques blessés, ce qui est très peu par rapport à d’autres compagnies.
Je pense que le « Français » [écrit « der Franzmann », terme probablement péjoratif] ne risquera pas un autre assaut, je pense qu’il en a encore plein le dos du 19 mars, car ce n’est pas une petite chose que 45000 pertes [allusion probable à l’offensive de Champagne de la IVème armée française] ; nous par contre, nous n’en avons eu que 15000.
Lorsque les 2 jours de repos sont arrivés, nous les avons passés, non pas dans des villages comme Roye, mais dans des abris. La dernière fois, nous étions deux compagnies mises à l’abri sous une grande tente.
Depuis 3 jours, je me contente de saindoux et de pain, ce n’est que le soir que nous recevons quelque chose à manger. Quand nous sortirons le 23, nous ne savons de nouveau pas où nous mettrons notre paquetage.
Je ne sais pas où nous irons en partant d’ici, dans tout les cas je crois que nous auront quelques jours de repos. Comme je l’ai entendu dire, du côté de Sedan, là un nouveau corps d’armée doit être formé. Mais chaque jour arrivent d’autre « radio-cuisine », si bien qu’on ne peut compter sur rien. Ce qui est sûr, c’est que nous serons relevés le 23.
Le « Mettwürst » que j’ai reçu dernièrement était excellent et dure plus longtemps que le « gendarme » [« landjager » : saucisse fumée plate alsacienne], car on peut l’étaler sur le pain, tandis qu’avec deux « gendarmes », on n’a pas vraiment mangé. Quant aux œufs, je crois à peine qu’ils finissent par arriver entier. Quant aux œufs durs, ils sont parfois aussi passablement gâtés, bien que je les aie toujours mangés en premier. Pour changer, envoyez-moi aussi de nouveau des sardines. Vous n’avez pas besoin de m’envoyer davantage de paquets : lorsque je les reçois normalement, j’en ai suffisamment. La boite en fer blanc, je vous la renverrai en retour, quand nous reviendrons vers l’arrière. Provisoirement, je n’ai pas besoin de chaussettes, elles sont encore toutes en bonnes état, seulement, toutes sont sales : de tout le mois, je ne suis pas arrivé à faire la lessive !
Comme vous me l’écriviez, vous aviez aussi à loger des soldats, mais d’après votre lettre, pas des fantassins : ils n’ont pas autant de chance que l’artillerie ou la cavalerie.
Ce mois ci, nous avions le plus souvent beau temps, nous avons le droit de nous en réjouir, sinon on serait encore tombé malade ici, car nous avons ici un abri très médiocre, sans paille. Mais depuis que nous sommes arrivés ici, nous avons assez bien restauré la position.
Tout est de nouveau rempli de poux, et certains sont complètement écorchés, bien que nous nous soyons baignés il y a 15 jours. Jusqu’à présent, j’ai été assez préservé de ce mal.
Sinon, je suis encore toujours en bonne santé et j’espère la même chose pour vous.
Dans l’attente de tout cœur d’une paix prochaine, je vous salue affectueusement.

Eugène

Salutations à Camille, à la famille WUN... et à sœur Octavienne.
Ajoutez-moi de nouveau au prochain paquet une glace de poche.
Répondez-moi promptement !
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MessageSujet: e   Lun 23 Fév - 3:18

Lettre n°12

Galicie, le 29.5.1915

Chers parents,

J’ai reçu avec plaisir une carte du 11 et du 19 mai ; par contre la lettre du 3, jusqu’à aujourd’hui, je ne l’ai pas encore reçue. Pour les paquets, depuis que nous sommes en Galicie, seulement un a été reçu, en fait le n°141, mais il me manque encore les 3 précédents. Le courrier, nous l’avons reçu presque chaque jour, mais les colis postaux, seulement une fois. Mais ce soir, on doit nous en distribuer quelques uns. Il faut dire qu’il [le courrier] doit être acheminé sur plus de 100 kilomètres par voiture. Mais, les munitions pour l’artillerie passent devant, sinon nous serions en mauvaise posture.
Probablement on devra jeter beaucoup de matériel : si les russes lors de leur retraite n’avaient pas fait sauter les ponts de chemin de fer, tout cela n’existerait absolument pas. Par endroit, ils ont même jeté dehors la voie ferrée. Mais nous espérons maintenant qu’elles sera bientôt réinstallée.
En fait, nous nous trouvons à quelques kilomètres derrières Yaroslav [sic], sur le San, dans une forêt où nous avons enlevé une position fortifiée. Pour l’instant, nous n’irons pas plus loin. En fait, nous sommes assez tranquilles, seulement nous soutenons passablement le feu de l’artillerie. Les russes ont reçus plusieurs régiments en renfort, ils nous ont déjà attaqué plusieurs fois, presque chaque soir, mais chaque fois, ils ont été repoussés avec de lourdes pertes.
Ici, il n’y a que du terrain sablonneux, sur lequel on se gèle passablement, quand on se couche pour dormir. Nous avons cherché et rassemblé de la mousse et des aiguilles de pin, sur lesquelles nous dormons car ici, il n’y a pas de paille.
Sur le champ de bataille courent de tous côtés des chevaux abandonnés, des cochons avec des porcelets. Naturellement, nous attrapons les cochons quand c’est possible, mais en le faisant, il faut faire attention, car ils sont le plus souvent entre les 1ères lignes. Nous fouillons aussi les villages et les fermes incendiées, nous cherchons des pommes de terre ou tout ce qu’on peut trouver à manger. Quelques uns ont aussi déjà trouvé dans le village du lard qui avait été enterré, mais vraiment tout a été mangé, car, pour le dire en un mot, nous devons « nous mettre la ceinture » : pour le repas du midi, 2 fois du café et 1/3 de pain ou de biscuit, voila notre nourriture. Ce mois ci, les russes ont justement reculés passablement, ils ont presque tout emporté avec eux, et la ligne de chemin de fer détruite ne peut être rétablie en un jour.
En ce qui concerne le fait de fumer, cela ne va pas non plus pour le mieux. Il est vrai que j’ai aussi fumé du « Schwarzter » [tabac noir ?] qu’un mulhousien avait encore, mais je n’ai quand même pas encore fumé de la mousse, comme je l’ai déjà vu faire. Les allumettes sont aussi rares. Si on peut avoir à Mulhouse des mèches à briquet, vous pourriez m’en envoyer quelques unes pour mon appareil. Je pense qu’à Mulhouse, on doit aussi connaître les nouveaux appareils.
Pour l’instant, j’en ai bien assez des poux. Les premiers, je les ai remarqués pendant le voyage. J’ai donc fait passer par la fenêtre du train la chemise accompagnée du caleçon ; mais le lendemain, j’en avais de nouveau quelques uns. Depuis, si c’est possible, je m’épouille chaque jour : quand j’enlève chemise et caleçon, je les examine minutieusement. Aujourd’hui, rien que pour ma cravate, j’en ai tués plus de 20 ! Mais tout cela ne sert à rien, on ne peut tout simplement pas s’en débarrasser. J’ai déjà aussi lavé ma chemise, en la savonnant comme il faut, mais aucun n’en est mort, et quand la chemise était sèche, je ne pouvais que recommencer à m’épouiller. L’huile de fenouil ne sert pas non plus à grand-chose. Je suis égratigné sur tout le corps : quand on transpire, cela vous brûle formidablement. Au pied gauche, j’ai aussi attrapé une plaie que je me fais bander tous les deux jours.
J’ai bien reçu la lettre du 3 [probablement écrit postérieurement au début de la lettre, où il est dit que la lettre du 3 n’est pas arrivée] mais je n’ai touché de nouveau aucun paquet poste. Vous ne pouvez m’envoyer maintenant que des denrées qui se conservent bien. Envoyez moi aussi de nouveau un crayon à encre et quelques cartes.
Je suis toujours en bonne santé et j’espère qu’il en est de même pour vous.
Je vous salue tous.

Eugène

Salutations à Camille et à Sœur Octavienne
Ne vous inquiétez pas si vous ne recevez rien de moi pendant tout un mois, car ici cela est bien possible.
Je pense que nous allons aussi de nouveau partir d’ici.







Lettre n°13

Galicie, le 5.6.1915

Chers parents,
Par la présente je vous fais part que je suis toujours en bonne santé et dispos.
Depuis3 jours nous recevons des colis postaux. J’ai reçu jusqu’au n°142 et 145, et je recevrai bien encore les 143 et 144. Il faut dire que le courrier ancien et le nouveau sont pêle-mêle. Je pense recevoir les paquets en 8 jours, apparemment, le courrier n’a pas besoin de plus de temps. Depuis hier, le chemin de fer va jusqu’à Jaroslav. Mais avec la nourriture, cela ne va pas encore beaucoup mieux !
En fait, nous nous trouvons encore toujours dans la même position. Les russes attaquent souvent, mais ils sont toujours repoussés avec de lourdes pertes. Notre adversaire est beaucoup plus fort que nous : en face d’un bataillon se tiennent 2 régiments russes. Comme nous le racontent les prisonniers, ils ne sont absolument pas instruits. Aujourd’hui, ils sont incorporés, et ensuite en 2 jours, ils arrivent déjà au front. Ainsi, de très nombreux russes désertent : dernièrement, quelques uns sont arrivés [chez nous] et ils apportaient même avec eux une mitrailleuse.
En réalité, nous sommes une division de réserve, et on a recours à nous seulement quand c’est nécessaire. Hier soir et avant-hier, ils nous ont de nouveaux attaqués, mais cela dura à peine une demi-heure, et il était de nouveau repoussés. Par endroit, des morts et des blessés russes sont couchés par troupes entières. La nuit, nous allons plusieurs fois à la recherche des blessés, mais il semble que les russes ne s’en préoccupent pas. Dernièrement, nous en avons cherché un, qui gisait dehors pendant 4 jours, avec 3 blessures par balles. Pour moi, cela me plairait bien ici bien plus qu’en France, si seulement nous recevions davantage à manger !
Mais je ne crois pas que nous sommes ici encore pour longtemps : on dit toujours que tel jour ou tel autre nous allons partir. Sans doute cela viendra inopinément, comme en Champagne.
Sans doute nous viendrons alors en Prusse Orientale, ou bien finalement contre les Italiens.
Aujourd’hui, nous avons reçu de nouveau des fusils allemands : nous en sommes bien contents, car avec ceux-ci, nous obtenons des résultats près de 2 fois supérieurs.
De Marcel, j’ai reçu sa photographie : il me semble que cela ne va pas mal pour lui et cela ne doit pas être trop grave avec sa maladie.
Vous pouvez provisoirement m’envoyer davantage, 2 paquets de tabac par semaine. Le saucisson et le jambon étaient encore impeccables, moisis seulement à l’extérieur. Vous pouvez aussi m’envoyer une mèche [à briquet] et un crayon à encre.
A l’occasion, et si ça marche, je vous renverrai la boîte en fer blanc et les chaussettes. J’aurai aussi besoin d’une paire de bretelles.
Ici, nous nous déplaçons le plus souvent dans des forêts, et l’ennemi fait de même.
Dans l’espoir que vous êtes tous encore en bonne santé et dispos, je vous salue tous.

Eugène

Répondez-moi vite.
Salutations à Camille et Sœur Octavienne.







Lettre n°14

Valenciennes, le 4.7.1915

Chers parents,
Par la présente, je vous fais part que nous sommes arrivés ici le 2 de ce mois à 1h30 de l’après midi, et que nous nous sommes établis dans nos quartiers privés.
Nous avions délogés les russes jusqu’à quelques kilomètres derrière Lubacsow [ ?], où nous avons alors été relevés par un autre régiment. Mais, d’après les journaux, ils ont déjà maintenant dépassé la frontière.
Ensuite, nous avons dû faire 4 journées de marche, jusqu’à ce que nous arrivions à Jaroslav, où le 28 juin à 11h du matin, nous avons été embarqués.
Nous sommes passés par Debica, Tarnow, Granica, Gombrowitze et nous sommes arrivés à midi à Czestochowa, où nous avons été épouillés ; chacun a reçu du linge frais et nous avons pris un bain. Les vêtements, tout comme tout l’attirail en cuir, ont été mis dans un four qui a été chauffé jusqu’à une certaine température. Nous étions contents de faire disparaître ces « bêtes féroces » [sic, écrit « Bister », sans doute pour « Biester » = bête féroce par dérision], mais chez quelques-uns, les démangeaisons recommencent déjà !
Vers 10h du soir, nous étions de nouveaux embarqués et nous avons roulé par Ostrowo, Jarotschin, Schroda, Posen. Arrivé à Posen, nous pensions arriver chez Hindenburg [sic] contre les russes, mais nous sommes revenus en arrière, et nous avons vu alors que nous allion de nouveau vers la France. Tous nous aurions préféré rester en Russie, bien que, au point de vue du courrier et de la nourriture, cela aille bien plus mal qu’en France, et qu’en plus nous étions constamment en combat à découvert : il faut pourtant beaucoup mieux contre le russe [écrit « Ruß », péjoratif] que contre le français [« Franzman »]. Là [en Russie], nous n’étions pas autant exposés au feu de l’artillerie, ce que chaque soldat redoute le plus.
Le voyage a alors continué par Buk, Bentschen, Frankfort am Oder, Berlin, Gardelegen, Lehrte, Hannover, Minden, Bielefeld, Hamm, Hagen, Barmen, Düsseldorf, Mönchengladbach, Aachen [Aix la Chapelle], Luttich [Liège], Löwen [Louvain], Brüssel [Bruxelles], Braine-le-Comte [Hainaut], Mons et à 1h30, nous étions à Alenciennes [sic, lire « Valenciennes »].
Il n’y avait d’arrêts que pour des stations de ravitaillement, mais jamais très longtemps. Pendant le voyage, je vous ai envoyé différentes cartes, mais je ne sais pas si vous les avez déjà reçu, car elles sont retenues part la poste jusqu’à nous soyons arrivés sur les lieux.
Cette fois ci, je ne suis pas aussi bien tombé que la dernière fois à Bohain, avec mon cantonnement. Nous sommes ensembles 11 hommes et nous avons 6 lits, mais déshabillé, je ne voudrai pas m’y coucher ! Nous devions être cantonné à 3 hommes chez un riche monsieur, mais il n’avait pas de place, et ils voulaient donc nous loger dans un hôtel, mais qui était beaucoup trop éloigné de la compagnie et c’était compliqué pour nous. On ne se préoccupe plus tellement [de savoir] si on a un lit ou non, on est habitué à coucher partout.
Avenciennes [sic] est une belle ville : nous pouvons acheter de la viande, le saucisson est déjà plus rare. La bière dans les auberges, nous ne pouvons pas la boire, nous préférons l’eau : car la bière est amère et mauvaise. Mais il n’y a pas loin de nous un « foyer du soldat » allemand, où nous recevons de la très bonne bière, et en plus pas chère : 1 litre pour 20 pfennig. Pendant le voyage à travers l’Allemagne, nous ne pouvions acheter que du chocolat et de la limonade. Car la bière ou le vin sont interdits.
Jusqu’à aujourd’hui, je ne sais pas encore ou nous allons arriver à partir d’ici, mais je suppose que ce sera vers Arras, où ces derniers temps « il fait tellement de pétard » [sic].
J’ai reçu les paquets jusqu’au n°160. Me manquent les n° 135, 143, 158 et 159. Ici, nous n’avons pas encore reçu de courrier. Je vous ai écrit dernièrement que vous devez m’envoyer une paire de bretelles, que j’attends déjà depuis longtemps. Je pouvais bien m’en acheter une paire ici, mais je ne sais pas si je n’en ai pas déjà en route.
De LAN... , j’ai appris que ces derniers temps tant de Brunstattois étaient tombés ou avaient été blessés. Mais il ne savait pas les noms, cela m’intéresserait de les connaître.
Je ne sais pas combien de temps nous restons ici, aussitôt que nous partirons, je vous l’écrirai.
Je suis toujours en bonne santé et dispos et j’espère qu’il en est de même pour vous.
On vous salue de tous cœur.

Eugène

Salutations à Camille et à Sœur Octavienne.
Marcel est-il encore à Lötzen ? Je lui ai déjà écrit quelques fois, mais je n’ai pas reçu de réponses ; de vous, depuis le juin, je n’ai non plus reçu aucune lettre.







Lettre n°15

Valenciennes, le 11.7.1915

Chers parents,
Par la présente, je vous fait savoir que j’ai reçu hier les premiers paquets, à savoir les n° 165, 167, 168 et 169. Ceux qui me manquent, je les recevrai sans doute aujourd’hui ou demain. J’ai aussi reçu des journaux, mais toujours pas de lettres.
Nous avons aussi changé de quartier et nous couchons maintenant tous ensemble à l’Académie [ ?].
Comme vous le voyez, je me suis fait photographier : à ma gauche, il y a un certain BAN... de Pforzheim, qui a été blessé déjà pour la 2ème fois et qui est revenu parmi nous seulement depuis quelques jours. L’autre est un mulhousien qui a travaillé au Globe [Le Globe est un « grand magasin » de Mulhouse, genre « BHV », qui existe toujours je crois].
Est ce que Marcel est toujours à l’hôpital ? A quelle adresse doit-on exactement lui écrire ?
Nous resterons probablement encore quelques jours ici.
Je vais toujours bien et j’espère qu’il en est de même pour vous.
Je voue salue tous.

Eugène

Ici, nous recevons le courrier en 2 jours.
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MessageSujet: e   Lun 23 Fév - 3:20

Lettre n°16
(LETTRE CENSUREE)

////////, le 31.7.1915

Chers parents,

Par la présente, je vous fais part de mon arrivée ici, le 28 de ce mois, à 7h du soir.
Nous avons été embarqués le //////// à 10h du soir dans //////// et le //////// à 5h du soir, nous sommes arrivés à //////// d’où nous avions encore à marcher pendant 1h pour arriver ici.
//////// est une très jolie ville, où cela me plait bien.
Je suis installé avec encore 6 hommes chez un aubergiste, bien sûr sans la nourriture. J’ai pour moi tout seul une chambre et un très bon lit.
Combien de temps allons nous rester ici, je ne le sais pas, mais probablement plusieurs jours. Nous devons être employé ici dans les montagnes, et ensuite, nous irons sans doute n’importe où, dans les Vosges.
Aujourd’hui, j’aurai pu venir à la maison jusqu’à lundi, mais pour un temps si court, je ne ferai pas ce voyage.
Si je ne peux pas avoir plusieurs jours, je ne fais pas le trajet.
Je vais voir si je peux partir avec le prochain convoi, s’il y a de nouveau 15 jours [de libre], mais quand y en aura-t-il de nouveau ?
Dans le bon espoir que cela va toujours bien chez vous, ce qui est aussi le cas pour moi, je vous salue de tout cœur.

Eugène







Lettre n°17

Pfalburg, le 8.8.1915 [lire Phalsbourg, Lorraine]

Chers parents,
J’ai reçu avec beaucoup de plaisir votre lettre du 30.7, et je pense que vous avez aussi dû recevoir la mienne de dimanche dernier.
J’ai reçu des paquets jusqu’au n°181, à l’exception du n°176.
Comme vous le voyez, nous nous trouvons toujours à Pfalzburg [sic]. Aujourd’hui, dans chaque compagnie, 15 hommes sont partis pour Shirmeck et seront là perfectionnés comme soldats du génie, et après 15 jours, ils reviendront dans la compagnie. Mardi, nous devons aussi faire une manœuvre de 3 jours vers Shirmeck. Nous ferons une partie du chemin par le train. Après la manœuvre, nous devrons retourner à Pfalzburg [sic].
J’ai reçu une lettre de Marcel, et cette semaine une carte avec sa photographie.
Vous m’avez aussi écrit que je dois m’acheter à Valenciennes que livrets de « Job » [papier à cigarette] : je m’en suis acheté 4, mais pas du « Job » : pour du « Job » je devais payer 40 pfennig pour 40 pièces !
Comme vous me l’avez écrit, je dois avoir rencontrer Paul SCH... de Bitschwiller : ce n’est pas vrai, je me demande bien qui a pu vous raconter cela ! Parmi le dernier recrutement que nous avons reçu, il y avait un [homme] de Bitschwiller : alors j’ai pensé que cela devait être celui ci et je lui ai demandé. Comme ce dernier me l’a dit, il croit qu’il est tombé, mais ne peut pas le dire avec certitude.
Dernièrement, je me suis aussi demandé comment cela se passait au sujet de ma permission ; alors on m’a dit ceci : puisque Mulhouse se trouve dans la zone des opérations, je devrai d’abord avoir l’autorisation du commandant en chef là bas. Dans ce cas, vous devriez vous adresser au commandant en chef à Mulhouse, ce que je ne souhaiterais cependant pas. Je vais encore attendre un peu maintenant, et alors je l’essaierai.
Eugénie doit faire des confitures pour m’en envoyer ; pour changer, j’aimerais mieux cela, plutôt que toujours de la viande et du saucisson.
Pourriez vous aussi m’envoyer de nouveau du cacao ou du thé ?
Sinon, cela va toujours bien pour moi, et j’espère qu’il en est de même pour vous.
Je vous salue tous.

Eugène

Ci joint : 2 photographies.
Répondez moi vite.







Lettre n°18

Halloville, le 5.9.1915 [Meurthe-et-Moselle]

Chers parents,
Par la présente, je vous fait part que, lundi dernier, nous avons échangé notre cantonnement avec le 2ème bataillon.
Nous sommes partis de Pfalzburg [sic, lire Phalsbourg, Moselle] vers Dreihaüsser [Trois Maisons, Moselle, Sud de Phalsbourg] le 20, et le 2ème bataillon est allé à Phalsbourg. Là, nous avons couché à l’école, mais chaque homme a reçu une paillasse et une couverture de laine.
Mais là, cela ne nous plaisait pas tellement, car on ne pouvait rien y acheter, si nous voulions quelque chose, il fallait aller à Pfalzburg [sic].
Hier matin, vers 8 heures, on est de nouveau parti vers Lützelburg [Lutzelbourg, Moselle], où nous avons été de nouveau embarqué. A 10 heure et demie, nous nous sommes en allés et à 1 heure, nous sommes arrivés à Rixingen [Réchicourt-le-Château, Moselle], à côté d’Avricourt [Moselle / Meurthe-et-Moselle]. Là, on nous a distribué à manger et vers deux heures, nous nous sommes mis en marche par Blamont [Meurthe-et-Moselle] et à 6 heures nous sommes arrivés à Halloville, où l’ennemi se trouve à 2 kilomètres.
La 1ère section vient en première position, la 2ème en réserve, et nous la 3ème, nous restons en repos dans le village, et ce soir nous allons relever la 1ère section.
C’est ici une position très tranquille, mais nous n’y resterons que 15 jours. Le régiment de l’armée territoriale qui loge là part 15 jours dans la région de Pfalzburg [sic], et après leurs journées de repos, ils reviendront de nouveau dans leur ancienne position.
Le village est peu touché par les bombes, et l’intérieur est encore assez bien aménagé. La 3ème compagnie du régiment de l’armée territoriale possède aussi 3 vaches, des cocons et des poules, dont un homme est chargé de prendre soins. Ils ont aussi déjà conservé une quantité de pommes dans de la paille placée dans des paniers, au cas où il y aurait une campagne d’hiver : le débonnaire Saxon ne semble pas être tellement nigaud ! Des pommes, il y en a ici des quantités !
Je me demande bien si vous n’avez pas reçu mon télégramme d’il y a 8 jours hier, télégramme dans lequel je vous demandais de l’argent. Je suis allé chaque jour à Pfalzburg [sic] pour voir s’il y avait quelque chose, mais en vain. Les paquets et autres courriers, je n’en ai pas reçu non plus. Par chance, le mulhousien a reçu de l’argent et il m’en a prêté, sinon nous aurions été là tous les deux « à sec », mais d’autres courriers, il n’en a pas non plus reçus.
Peut-être la poste est-elle de nouveau fermée pour nous ! Il y a 3 semaines, il faut dire que nous recevions des paquets et des lettres sur lesquels il était écrit « Retardé pour des raisons militaires ». Si DIE... devait recevoir encore de l’argent, j’ai réglé la chose avec lui. Si vous ne m’en avez pas encore envoyé, alors vous pouvez m’en expédier, et sans doute, je crois que cela serait le mieux par une lettre recommandée, pour que je sois de nouveau libéré de mes dettes.
Vous pouvez maintenant m’envoyer des paquets de nouveau comme autrefois, un peu plus souvent de la confiture.
Je ne sais plus rien de Marcel depuis 15 jours.
Sinon, cela va toujours bien chez moi, et j’espère qu’il en est de même pour vous.
Dans l’attente d’une paix prochaine, on vous salue de tout cœur.

Eugène







Lettre n°19
Lettre de Johann HEC..., camarade d’Eugène

Le 19 septembre 1915.

Estimé monsieur B... ,
De la part de votre fils, je me résigne à vous faire savoir que cette nuit, il a été légèrement blessé au cou. Les blessures ne sont absolument pas graves, vous devez être tranquille la-dessus : c’était seulement par un petit éclat de shrapnell qui l’a éraflé au cou et à la joue. Pendant toute la nuit, il était pleinement conscient, et il a été expédié ce matin à l’hôpital, mais il pouvait encore très bien marcher. J’ai aider à le ramener à l’arrière, et là il me donna plusieurs fois la mission de vous en informer. Dès qu’il sera à l’hôpital, il vous informera lui-même de cela. Sinon, pas grand chose de nouveau, sinon beaucoup de salutations, et un prochain et heureux retour à la maison.

Réserviste Johann HEC...







Lettre n°20
(Carte)

Saarburg, le 19. sept.1915 [Sarrebourg]

Chers parents,
Par la présente je veux vous faire savoir que depuis hier, je suis couché ici dans l’hôpital de la garnison.
Samedi soir à minuit, j’ai été légèrement blessé à la joue gauche par un obus, et j’y ai gagné également une contusion au cou. Mais la chose n’est pas d’importance : j’ai certes des douleurs au cou et à la poitrine, mais ça sera passé en quelques jours.
En attendant, je vous salue bien.

Eugène

Je vous écrirai une lettre quand je pourrai quitter le lit.






Lettre n°21

Sarrburg, le 21 sept. 1915 [Sarrebourg]

Cher parents,
Par la présente, je vous fait part que pour moi, cela va de nouveau assez bien. Je n’ai plus la tête bandée, mais je ne peux pas encore vraiment la bouger, car mon cou est encore un peu enflé.
Maintenant, je vais vous faire savoir comment la chose s’est produite.
Nous avions soutenus toute la journée le feu de l’artillerie, si bien que nous pensions que les français avaient le projet de faire une attaque, et c’est pourquoi nous avions renforcé nos sentinelles de nuit.
J’étais de faction de 11heures à 12 heures. A minuit, je suis allé dans l’abri, je réveillais ma relève et je suis ressorti : c’est là que les choses ont du se produire.
A 12 heures ½, je reviens à moi : j’étais couché dans l’abri, la tête bandée, et alors j’ai dû d’abord demander à mes camarades ce qui m’étais arrivé, si j’avais été blessé par un coup de fusil ou une grenade. Alors, ils m’ont dit qu’à minuit les français avaient envoyé de notre côté 12 obus : j’ai dû probablement recevoir quelque chose des premiers obus, car je n’ai pas entendu une seule décharge.
Ils m’ont dit qu’un éclat d’obus m’était entré dans la joue et ressorti par le cou, mais ensuite le médecin a constaté que j’avais été touché par un éclat seulement à la joue, ce que j’avais au cou devait plutôt provenir d’une pierre.
Je restais alors couché dans l’abri jusqu’au matin et je fus conduit ensuite à Halloville, à l’infirmerie ; là je suis resté couché jusqu’à 2h de l’après midi, heure à laquelle on est venu me chercher en ambulance automobile.
Nous étions 2, et on en a encore cherché 2 autres. A Blamont, nous avons été amenés à l’hôpital et tout de suite mis au lit. J’étais à peine depuis 10 minutes au lit qu’il fut question que moi et un collègue de ma compagnie, nous partirions plus loin, vers Sarrburg. On nous a de nouveau portés dans l’automobile, et alors on est parti pour Sarrburg à l’hôpital, où cela me plait beaucoup.
Je veux encore vous faire savoir que le même jour, nous avons reçu deux obus sur notre abri, mais celui-ci est construit « à l’épreuve des obus ».
Lorsque je suis arrivé à Sarrburg, je vous ai envoyé le lendemain une carte avec mon adresse, mais chaque jour, j’ai attendu en vain une réponse.
Dans l’attente d’une prompte réponse, je vous salue de tout cœur.

Eugène

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MessageSujet: o   Lun 23 Fév - 3:22

Lettre n°22

Saarburg, le 29 sept. 1915

Chers parents,
J’ai reçu avec joie votre lettre du 11 et celle du 19 de ce mois ; sans doute avez vous maintenant reçu ma lettre du 21.
En ce qui concerne ma santé, cela va mieux de jour en jour, mais je devrai cependant rester encore plus longuement ici, car aussi longtemps que je ne peux pas de nouveau remuer la tête, je ne quitterai pas l’hôpital. Mon cou est encore toujours enflé et j’ai aussi encore toujours des bourdonnements d’oreille.
Vous m’écrivez que vous m’avez envoyé une lettre chargée de 20 marks, mais jusqu’à aujourd’hui, je ne l’ai pas encore reçue. Comme je le suppose, elle est repartie en « retour » (en français dans le texte), car probablement la compagnie ne connaissait pas ma nouvelle adresse.
Aujourd’hui, j’ai aussi écrit une lettre à HEC... , pour qu’il vérifie ce qui est arrivé avec votre lettre. Si vous l’avez de nouveau reçu en retour, vous pouvez alors me l’envoyer ici. Vous n’avez pas besoin de m’envoyer de paquet aussi longtemps que je suis ici. Des cartes de la poste aux armées, j’en aurais suffisamment, envoyez-moi plutôt du papier à lettre.
Heckele a reçu 4 paquets, il ne m’en manquerait plus qu’un, cela devrait être sans doute le n°189.
De Marcel, je ne sais plus rien depuis assez longtemps. Je lui ai écrit d’Halloville et d’ici, mais pas de réponses. Maintenant, je ne vais naturellement pas lui écrire, jusqu’à ce que j’ai sa nouvelle adresse.
Si je devais encore recevoir du courrier à ma compagnie, il me sera envoyé ici, car j’ai envoyé ma nouvelle adresse à la compagnie.
Dès que vous aurez l’adresse de Marcel, pourriez vous me l’envoyer ? Il a sans doute été renvoyé au bataillon de dépôt, où il sera de nouveau examiné pour savoir s’il est bon pour le service de campagne ou le service de garnison, et de là il obtiendra probablement une permission.
En espérant une prochaine réponse, je vous salue de tout cœur.

Eugène

Salutations à Sœur Octavienne.







Lettre n°23
(Carte)

Sarrburg, le 30 sept. 1915

Chers parents,
Par la présente, je vous fais savoir que je suis de nouveau rétabli, et aujourd’hui, je serai de nouveau renvoyé à mon peloton au front.
J’attendais encore toujours une réponse à ma dernière lettre, mais en vain.
Je vous écrirai une lettre lorsque je serai sur les lieux.
On vous salue.

Eugène

Écrivez moi de nouveau à l’ancienne adresse.







Lettre n°24
(Carte)

Champagne, le 4.10.1915

Chers parents,
Par la présente je vous fait part que je suis parti de Sarrebourg jeudi soir vers 9h et vendredi soir, je suis arrivé à Vouziers [Ardennes].
Hier, je suis de nouveau revenu à ma compagnie. Je me retrouve en attendant à l’infirmerie.
A la réception de cette carte, vous pourrez tout de suite m’envoyer du courrier. J’ai aussi de nouveau besoin de chaussettes.
Sinon, je vais encore bien et j’espère la même chose pour vous.
Je vous salue tous.

Eugène







Lettre n°25
(Carte)

Vouziers, 19.10.15

Chers parents,
Par la présente je vous fais part que j’ai été de nouveau légèrement blessé.
Hier matin, vers 3h, nous avons essuyé un tir d’artillerie, d’où j’ai reçu un éclat d’obus au côté droit dans le dos.
Mais ne vous faites pas de soucis, car ce n’est pas grave, pour ainsi dire seulement une blessure superficielle.
Mais vous n’avez plus besoin de m’écrire, jusqu’à ce que vous ayez ma nouvelle adresse que je vous enverrai immédiatement, quand je serai arrivé à l’endroit où je vais aller.
En attendant, je vous salue.

Eugène







Lettre n°26

Sedan, le 20.10.1915

Chers parents,
Vous devez bien avoir reçu ma carte du 18 de ce mois, dans laquelle je vous faisais savoir que j’avais de nouveau été blessé. Effectivement, je me trouve à l’hôpital militaire de Sedan et je veux vous raconter brièvement comment la chose s’est passée.
J’étais sur le « rideau de protection », ce qui veut dire derrière le réseau de fils de fer, à guetter si l’ennemi venait. A 1h1/2, nous sommes montés et nous devions être relevés à 3h1/2.
A 3 heures, nous avons essuyés le feu de l’artillerie ; comme je le suppose, le « français » [écrit « Franzman »] a du remarquer quelque chose. Le premier obus est passé rapidement juste au dessus de ma tête, j’ai posé ma tête au ras du sol : d’ailleurs on ne peut rien faire d’autre, car on se tient à l’avant, en rase campagne. Un deuxième obus arriva, de même un troisième, par lequel je fus touché. Aussitôt je rampais à quatre pattes vers l’arrière par dessus le couvert, dans l’abri, où les infirmiers furent dépêchés et m’ont pansé. Deux de nos hommes furent encore blessés, mais très grièvement. Ensuite, nous avons été emmené au poste de secours. Alors l’un de nous est mort à côté de moi, pour l’autre il est douteux qu’il se rétablisse.
Dans l’abri, nous sommes restés couchés jusqu’au soir à 8 heures, puis nous avons été transportés à ½ heure de là, où nous avons attendu une voiture qui est venue nous chercher vers 10 heures.
A minuit, nous sommes arrivés à Séchault [Ardennes, 15 kilomètre de Vouziers] où nous avons été nouvellement pansé. Nous avons reçu quelque chose à manger et à 1 heure, on est reparti en auto vers Vouziers, où nous avons été hospitalisé au théâtre, jusqu’au 19 à midi.
A midi, nous sommes allés dans un train sanitaire, et nous sommes arrivés à 7 heures du soir à Sedan, où on nous a transporté dans un hôpital.
Mais peu d’hommes resteront ici.
Ici, nous avons de nouveau été pansé ce matin. D’après les dires du médecin, ma blessure a 10 centimètres de long et 5 de large, et se trouve dans la hanche droite. Il y a encore des bouts de tissus dans la plaie.
J’ai été « souligné » de bleu, ce qui veut dire que je serai un des premiers à venir en Allemagne. J’ai certes des douleurs, mais pas autant que lors de ma première blessure.
Ne vous faites pas de soucis, car l’affaire n’est pas si grave. Vous n’avez pas besoin de m’écrire jusqu’à ce que vous ayez ma nouvelle adresse, car, comme le bruit court, dans 2-3 jours je ne serai plus là.
Mes colis postaux, c’est HEC... qui les recevra.
Je suis content d’être de nouveau sorti de Champagne : plutôt un combat à découvert que de se tenir jour et nuit sous le feu de l’artillerie.
En attendant, je vous salue très cordialement.

Eugène

J’ai reçu les 4 premiers paquets, et j’étais très content des chocolats.







Lettre n°27

St Ingbert, le 28.10.15

Chers parents,
J’ai reçu avec beaucoup de plaisir vos lettres du 24 et du 25.
Avec ma blessure, cela va mieux, au moins, je n’ai presque plus de douleurs, simplement, je ne peux juste pas bouger comme cela me convient.
Jusqu’à aujourd’hui, j’ai été fraîchement pansé tous les jours, ce qui, comme le médecin me l’a dit aujourd’hui, se passera par la suite encore chaque jour, jusqu’à ce que la blessure ne suppure plus. Elle est nettoyée tout les jours, et de temps en temps, on coupe de nouveau quelques lambeaux, comme aujourd’hui de nouveau, ce qui n’est justement pas une sensation agréable !
Sinon, cela me plaît très bien ici. Avant tout, nous n’avons au moins à nous plaindre en rien au sujet de la nourriture. Le matin, nous recevons du café et un petit pain, à 10h, une tasse de lait et un morceau de pain. A midi, de la soupe, des légumes et de la viande. A 4h, du café et un petit pain. Le soir, des pommes de terre, de la salade, de la viande et de la saucisse. A midi et le soir, il faut déjà avoir un bon estomac si on veut tout manger.
Nous ne pouvons pas aller en ville sans permission. Provisoirement, je ne me soucie pas encore de sortir, mais je pense que dans 8 jours, cela va déjà aller [mieux].
Jusqu’à présent, je n’ai pas encore reçu votre lettre du 20. Dès mon arrivée ici, j’ai envoyé mon adresse à la compagnie pour qu’on m’envoie ici mon courrier, mais jusqu’à aujourd’hui, je n’ai encore aucune réponse.
Je suppose qu’ils sont de nouveau partis de la Champagne, puisque ces derniers temps, cela est de nouveau devenu un peu plus calme et que maintenant tout de même, nous avons suffisamment de troupes là-bas. Probablement, ils sont allés maintenant en Serbie, où nous serions déjà entré début octobre, si les français n’avaient pas essayé de faire une trouée.
Si vous voulez, vous pourriez m’envoyer un paquet de pommes, mais pas de noix. Vous pourriez y joindre un livret de « Job », car je ne peux pas en avoir ici.
Dans le bon espoir que vous êtes encore tous alertes et en bonne santé, je vous salue très cordialement.

Eugène

Réponse rapide !
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MessageSujet: e   Lun 23 Fév - 3:24

Lettre n°28

St Ingbert, le 22.11.15

Chers parents,
Par la présente, je veux vous faire part que cela va de nouveau mieux chez moi. La blessure est complètement cicatrisée : il y a eu une croûte dessus, qui se rompt de nouveau de temps en temps, et alors ça saigne de nouveau un peu.
La semaine dernière toute entière, je suis resté au lit, car je ne me sentais pas bien : j’avais mal à la tête, et aussi de la fièvre, jusqu’à 39°5.
Mais hier et aujourd’hui, je me sens de nouveau tout à fait bien, et aujourd’hui pour la première fois, j’ai eu le droit de quitter le lit.
J’ai reçu dernièrement une lettre de Marcel, dans laquelle il me fait part que, lorsqu’il retournerait de permission à Neuenburg, il aurait rencontré beaucoup d’alsaciens qui voulaient partir en permission et ont de nouveau fait demi-tour, parce que venant de Neuenburg, plus personne ne pouvait avoir de permissions pour aller en Alsace. Il écrit que c’était souvent le cas, et de temps en temps, cela était de nouveau aboli.
Il m’écrit que l’on doit maintenant avoir la permission de son commandant de corps d’armée. Il m’écrit que je dois vous demander, si maintenant on pourrait de nouveau venir de ce côté en venant de Neuenburg.
Je ne sais pas justement comment je dois m’y prendre : je sais que je reçois une permission, mais j’ai peine à croire que ce soit pour l’Alsace.
Ceci concernant une prochaine réponse. En attendant, je vous salue tous.

Eugène

Salutation à Madame W... et à Sœur Octavienne.
Vous me faites attendre longtemps une réponse !
Combien de temps je reste encore ici, je ne le sais pas. M%Ais je crois à peine que cela dure encore plus de 15 jours.







Lettre n°29

St Ingbert, le 25.11.1915

Chers parents,
J’ai reçu avec grand plaisir votre lettre du 22 de ce mois.
Comment cela se passe avec ma blessure exactement, je ne le sais pas moi même. Je crois qu’elle s’est de nouveau ouverte, à l’endroit où elle était un peu plus profonde. Le médecin recommence de nouveau à la traiter comme au début. Des douleurs, je n’en ai aucune, mais toujours une sorte de démangeaison. Cela se comprend bien que je reste ici aussi longtemps que cela m’est possible. Ne croyez donc pas que l’idée de la « maison » me ferait sortir d’ici. Cela viendra seulement par trop vite, lorsqu’un jour la blessure sera guérie, car je vois bien comment cela va pour les autres.
Comme vous me l’écrivez, MÜR... de Flaxlandern était chez vous, c’est le beau-frère d’Émile LAN... .
Je ne savais pas qu’il avait été blessé. Depuis que nous sommes partis de Galicie, j’ai pourtant déjà parlé avec quelques uns de la 9ème compagnie, qui ne m’ont rien dit de cela. J’avais remarqué son absence, mais je croyais qu’il était de nouveau malade. Quand ce n’est pas justement dans le même bataillon, il peut se passer des mois jusqu’à ce qu’on rencontre de nouveau quelqu’un.
D’après ce qu’il dit, je n’aurait donc pas grosses difficultés à avoir une permission pour aller en Alsace, ce qui me réjouit beaucoup.
Je suis aussi surpris de voir que FRI... K., le cousin d’Alphonse FRI... s’en est sorti indemne de la bataille de Champagne.
Je voulais me renseigner aussitôt à son sujet, mais cela m’était impossible, parce qu’ils étaient assez éloignés de nous et que nous ne pouvions quitter la tranchée qu’en cas de nécessité extrême. De nos jours, cela nous était absolument impossible de quitter la tranchée sous le feu de l’artillerie.
En attendant une prompte réponse, je vous salue tous.

Eugène







Sujet: Re: Correspondance d'un membre de ma famille* Lun 8 Sep 2008 - 6:11

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Lettre n°30

St. Ingbert, le 1.12.1915

Chers parents,
Samedi matin, j’ai reçu avec beaucoup de plaisir et mes meilleurs remerciements votre paquet. Avec ma blessure, cela va mieux de jour en jour. Elle est pour ainsi dire guérie, certes encore recouverte d’une croûte.
Elle est encore bandée toujours bandée, et aussi longtemps que ça sera ainsi, je n’ai pas besoin de penser à un renvoi. Comme je le suppose, je resterai ici jusqu’au milieu de ce mois, il est aussi possible que ce soit encore plus long, mais j’en doute.
Aujourd’hui, j’ai reçu une carte de HEC..., dans laquelle il m’apprend qu’il part aujourd’hui en permission. Il m’écrit que, si cela lui est possible, il viendra me voir.
Malheureusement, il obtient seulement 8 jours : comme il me l’écrit, aucun homme du régiment ne reçoit plus de 8 jours. Mais je n’ai plus rien à faire avec cela, il ne faut pas que vous pensiez que, moi, je n’en aurai pas plus. Je pense obtenir au moins 15 jours.
Ces derniers temps, nous avions ici très froid, et aussi de la neige, mais depuis hier, c’est de nouveau pluvieux.
Sinon, ici cela me plait encore bien, je serai content de pouvoir fêter Noël ici, mais il n’en sera probablement rien, mais peut-être plutôt à la maison ?
Dans l’espoir de vous revoir bientôt, je vous salue de tout cœur.

Eugène

Réponse prochaine !
Salutations à Mme W... et à Sœur Octavienne.







Lettre n°31

St. Ingbert, le 11.12.1915

Chers parents,
J’ai reçu avec beaucoup de plaisir votre lettre du 5 de ce mois.
D’après votre lettre, vous vous représentez ma blessure pour plus grave qu’elle ne l’est. J’ai aussi tout de suite pensé, lorsque j’ai lu dans le journal « grièvement blessé » que vous vous feriez peut-être du souci.
Mais l’affaire n’est pas à moitié aussi grave. La plaie est complètement fermée, seulement recouverte encore d’une croûte ; elle n’est plus bandée. J’aurai peut-être été renvoyé la semaine prochaine, mais comme la scarlatine s’est déclarée dans l’école-hôpital [ ?], alors d’après les dires du médecin-capitaine, momentanément, plus personne n’est renvoyé. Comme il le dit, cela peut durer 4 ou 5 semaines, jusqu’à ce que quelques-uns soient renvoyés ; de même aucun militaire n’a plus le droit d’entrer. Il est aussi possible que l’affaire soit annulée [ ?].
Ces derniers temps, nous avons ici un temps assez chaud, mais pluvieux, de sorte que nous ne pouvons pas sortir chaque jour.
Dans l’espoir de vous voir bientôt, je vous salue de tout cœur.

Eugène

Réponse prochaine !







Lettre n°32

Mayence, le 15.12.1915

Chers parents,
Je suis bien arrivé ici hier soir à 6h1/2.
L’affaire a cause de la scarlatine a été remise. Provisoirement, les gens ne pouvaient seulement pas être renvoyés sur le champ de bataille.
Ce matin, tout ceux qui étaient renvoyés de l’hôpital, nous avons été présenté au docteur, mais nous n’avons pas été examinés. Nous serons seulement examinés après la fin de la permission.
Aujourd’hui, à midi, j’ai déposé une demande pour une permission, mais combien de temps cela durera jusqu’à ce qu’elle revienne, je ne le sais pas. Il y en a quelques-uns qui attendent depuis déjà 3 semaines !
Chacun reçoit 15 jours.
Pour l’instant, je suis apte pour le service de place. Ce qui m’adviendra après la permission, je ne le sais certes pas, mais sans doute [je serai] apte à faire campagne.
En attendant, vous pouvez m’envoyer un paquet, pas un gros, éventuellement, un peu d’argent, mais tout de suite après réception de ma lettre.
Dans l’espoir de vous voir bientôt, je vous salue.

Eugène

Soldat B...
1ère compagnie de convalescence
88ème bataillon de réserve
Mayence







Lettre n°33

Mayence, le 24.12.1915

Chers parents,
J’ai reçu votre lettre aussi bien que l’argent, et vous en remercie.
Je fais de nouveau depuis aujourd’hui ma première garde militaire, et je devrai de nouveau prendre la garde de dimanche à lundi.
Il faut dire que tous sont partis en permission et que les quelques hommes qui sont encore là ne suffisent pas à fournir la faction, et même, il faut que quelques-uns qui habitent dans le voisinage, reviennent une journée pour faire la garde.
Si je l’avais su, je serai parti pour Heidelberg, car j’y étais invité.
Je pense aller là-bas après le Nouvel An. Pour ceux d’entre nous qui restent ici à Noël, il a été accordé une permission du 28 décembre au 3 janvier. Mais je ne partirai probablement que le 30 ou le 31.
Hier soir, nous avons fêté Noël dans la compagnie. Il y a eu plusieurs tonneaux de bière et d’autres cadeaux.
Du reste, cela me plait pas mal ici, et nous avons très peu de service.
Le matin, nous faisons une petite promenade, sans arme. On va le plus souvent dans un lieu voisin, nous y entrons et nous faisons demi-tour ; l’après-midi, nous avons une heure d’exercices physiques.
Comme vous me l’écrivez, vous m’avez envoyés deux paquets : jusqu’à aujourd’hui, je ne le ai pas encore reçus. Vous n’avez pas besoin de m’en envoyer autant que sur le front : une boîte de confiture me suffit pour une semaine. Mais vous n’avez pas besoin de m’en envoyer une maintenant.
En ce qui concerne ma permission, je ne peux encore rien vous dire. Il y en a plusieurs qui attendent aussi, déjà depuis 3-4 semaines. Hier, il y en a de nouveau deux de Hochstatt [près de Brunstatt, Haut-Rhin] qui sont partis.
Que ce soit allé tellement vite pour celui de Flaxlanden, je crois que cela s’est fait parce qu’il est marié.
Sinon, cela va de nouveau bien chez moi, et j’espère qu’il en est de même pour vous.
Dans l’espoir de vous revoir bientôt de nouveau, je vous salue de tout cœur.

Eugène
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MessageSujet: e   Lun 23 Fév - 3:26

Lettre n°34

Mayence, le 10.2.1916

Chers parents,
Je suis de garde ce matin, et je veux utiliser cette occasion pour vous écrire quelques lignes.
Je suis bien rentré de permission à Mayence à 7h du soir.
Nous sommes vraiment beaucoup de service ; depuis le matin de bonne heure jusqu’au soir tard, rien que des appels, car mardi prochain nous avons une inspection économique.
Pendant que j’étais en permission, Georges FR... est arrivé sur le champ de bataille ; si j’avais été là, j’aurai dû y aller aussi, car alors j’ai été inscrit comme « apte pour le service campagne », et plus comme « apte pour le service de place ».
Maintenant, je vais être encore une fois présenté au médecin-major.
HEC... est de nouveau avec moi, il y a 8 jours qu’il a été renvoyé de l’hôpital.
Est ce que la photographie a bien réussie ? Vous pouvez m’en envoyer une.
Vous pouvez également m’envoyer un paquet, mais pas trop gros.
Sinon, je vais toujours bien et espère qu’il en est de même pour vous.
Je vous salue de tout cœur.

Eugène







Lettre n°35

Mayence, le 7.3.1916

Chers parents,
J’ai reçu votre lettre, votre paquet et l’argent, et je vous en remercie.
Comme vous le voyez, je suis toujours à Mayence, et je peux peut-être rester ici assez longtemps. Demain, un convoi de 50 hommes va de nouveau au front, mais je n’ai pas été réparti avec eux.
Aujourd’hui, HEC... a de nouveau rejoint son détachement. Il a eu de la chance de ne pas avoir été là. Car le détachement a passé la visite et presque tous ont été inscrit « apte pour le service campagne ».
Dimanche dernier, j’ai aussi rencontré Georges FISCHER, de la classe de Marcel.
Il était ici, dans le bataillon de réserve de l’armée territoriale. Hier, il a été déplacé à Darmstadt, et partira sans doute sur le champ de bataille.
Comme vous me l’écrivez, vous ne savez pas jusqu’à présent si GO... a donné le kirsch à MA.... Je ne peux pas le dire non plus.
De MA... j’ai reçu une carte, mais alors GO... était encore à la maison. Depuis, je ne leur ai pas écrit, peut-être me croient-ils aussi sur le champ de bataille ? Je vais leur écrire demain, mais je ne vais rien leur écrire à ce sujet.
Comme vous me l’écrivez, Marcel vient prochainement en permission. Je veux vous faire savoir que tout ceux qui sont en permanence « apte au service de place » reçoivent sur demande une plus longue permission.
Sinon, cela va toujours bien pour moi et j’espère qu’il en est de même pour vous.
Je vous salue de tout cœur.

Eugène

Qu’est ce qui se passe avec ma photographie ? Vous ne l’avez pas encore cherchée ? Je l’attends chaque jour !







Lettre n°36
(Carte)

Wegscheide [bifurcation ?, de nombreux lieu-dit portent ce nom aux alentour de Mayence, probablement « Wegscheide Bad Orb, à 80 kilomètres à l’ouest de Mayence], le 28.3.1916

Lettre à Marcel, son frère

Cher frère,
J’ai reçu avec plaisir ta carte du 23 de ce mois.
Nous sommes ici répartis parmi les recrues.
Je serais content de passer encore ici le mois d’avril comme tu me l’écris, mais je ne crois pas que ce sera le cas.
Ici, il ne fait justement pas beau, mais tout de même mieux qu’en plein air.
J’espère que tu auras bientôt quelques semaines de permission, tandis que moi je n’ai pas autant de « veine ».
Je te salue bien.

Eugène







Lettre n°37

Télégramme de Wegscheide Bad Orb
4.4.1916
8h38 du matin

S’il vous plaît – Télégraphiquement 20 marks – Je m’en vais
Eugène







Lettre n°38

Wegscheide Bad Orf, le 5.4.1916

Chers parents,
J’ai reçu hier soir la lettre envoyée télégraphiquement avec les 20 marks et je vous en remercie.
Je ne savais pas que vous m’aviez déjà envoyé de l’argent. Je peux peut-être en avoir besoin, car je crois qu’il va ensuite se passer un mois jusqu’à ce que je reçoive de nouveau du courrier de vous.
Comme il en est question, nous allons en Galicie, je suppose auprès du 224ème régiment, car nous fournissons la réserve pour ce régiment et il se trouve à la frontière de la Bessarabie.
Nous emportons encore une tenue de service ainsi qu’une tenue d’exercices, et nous devons aller à un dépôt de recrues. Il est possible que nous allions là, mais je crois que nous serons bientôt au front.
Déjà plus d’un convoi est parti, à qui on a encore envoyé une tenue de service, mais qu’ils n’ont jamais vue, car ils sont allés directement au front, et de plus dans un tout autre endroit de ce qu’ils avaient pensé.
En ce qui concerne mon courrier, je ne peux encore rien vous dire : si nous allons à un dépôt de recrues et si nous ne devons rester là que 8 ou 15 jours, alors vous n’avez pas besoin de m’envoyer de paquets, mais attendre ma nouvelle adresse.
Je vous écrirai plus tard à ce sujet, quand je saurai exactement ce qu’il en sera de nous.
Nous ne sommes presque rien que des Alsaciens, beaucoup de recrues de Basse-Alsace, qui n’ont pas encore été à l’extérieur.
En Basse-Alsace, ils n’ont pas été appelés aussi tôt que chez nous.
Nous recevons à emporter du ravitaillement pour 8 jours : d’après cela, nous serons donc 8 jours en route.
Probablement que nous serons embarqués demain soir ou samedi matin.
En attendant, je vous salue de tout cœur.

Eugène







Lettre n°39

Galicie, le 15.4.1916

Chers parents,
Par la présente, je vous fait part que cela va toujours bien pour moi. J’espère qu’il en est de même pour vous.
Nous sommes ici dans une localité, beaucoup plus loin vers la droite que la dernière fois, quand j’étais cantonné en Galicie.
Il y a toujours 8 à 10 hommes dans une maison, et ils ont une pièce pour eux.
Le service que nous avions [à faire] jusqu’à aujourd’hui n’était justement pas trop difficile, si seulement les chemins étaient meilleurs. On ne sait pas où marcher à cause de la boue. Il y a ici de très bonnes terres, pas de sable comme là où j’étais auparavant, mais c’est très mignon [ ?].
Nous sommes encore toujours à environ 5 kilomètres derrière le front, et hier nous avons entendu le premier bruit de canon.
J’ai été détaché à la cuisine. Nous y sommes trois hommes. Le matin, nous avons beaucoup à faire, à midi cela va déjà mieux. Nous devons cuisiner pour deux compagnies. Il faut se lever la nuit à 2 heures pour préparer le café, en alternance.
Je vous ai écrit dans ma dernière carte que vous devez m’envoyer des paquets, ce que vous pouvez interrompre provisoirement, jusqu’à ce que vous ayez de nouveau une nouvelle adresse.
Nous partirons probablement d’ici, ou bien l’adresse sera différente. On nous a seulement dit que l’on doit écrire à la maison que pour l’instant, il ne faut pas nous écrire. Je ne crois pas que nous allons tout de suite au front.
Je vous écrirai de nouveau dès que j’en saurai davantage.
En attendant, je vous salue de tout cœur.

Eugène

Wehrmann B...
Dépôt de réserve
4ème bataillon, 20ème compagnie, Corps Marschall [ ?, « Korps Marschall »]
Armée impériale du Sud
Feldpoststation n°156







Lettre n°40

Galicie, le 23.4.1916

Chers parents,
Je vous fais savoir que hier nous sommes arrivés de la 20ème compagnie à la 3ème. Je ne sais pas si la 20ème compagnie est dissoute, ou si de nouveau de la réserve y entre.
Nous sommes éloignés de 14 kilomètres de l’autre endroit : c’est ici un peu plus propre, les chemins sont meilleurs.
Ici, je suis de nouveau à la cuisine. Mais pour l’instant, nous ne préparons que le café, car nous n’avons qu’une seule « cuve ». Les repas, nous les recevons d’une cuisine roulante.
Aujourd’hui, nous avons commencé à construire 3 nouvelles « cuves », la « cuve » pour le café sera démolie.
Ici, nous avons très peu de place dans la cuisine, et nous devons aller chercher l’eau très loin.
Je pense que d’ici mercredi, nous pourrons faire la cuisine ici.
Dans les cantonnements, nous n’avons pas non plus autant de place que dans l’autre endroit.
Je loge près de l’église, dans une maison qui n’est pas habitée par des civils.
Ici nous avons aussi une cantine, ce que nous n’avions pas là-bas, mais il faut une demi-heure pour y aller.
Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai encore reçu aucun courrier de vous, mais je pense que les paquets arriveront ces prochains jours.
Entre-temps, pourriez-vous m’envoyer des paquets comme autrefois, quand j’étais au champ de bataille. Si je n’ai plus besoin d’en avoir autant, je vous l’écrirai. Pas de cacao.
Vous avez bien dû recevoir une carte et une lettre. Sinon, cela va toujours bien chez moi, et j’espère la même chose pour vous.
En vous souhaitant à tous une joyeuse fête de Pâques, je vous salue de tout cœur.

Eugène
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MessageSujet: e   Dim 29 Mar - 13:34

Lettre n°41

Galicie, le 16.06.1916

Chers parents,
J’ai reçu votre lettre du 6 de ce mois ainsi que les paquets jusqu’au n°21 et je vous en remercie.
Vous devez me pardonner, de ce que je ne vous ai pas écrit depuis si longtemps. Je l’avais toujours différé jusqu’au dernier samedi, parce qu’à partir de ce jour, je devais avoir de nouveau l’après-midi libre. Alors ce même jour à 9h1/2 du matin arriva l’ordre que nous devions être prêts à faire mouvement à 10h1/2.
Nous avons fait une marche de 12 km et nous avons pris quartier dans une plus petite ville.
Nous avons obtenu une cuisine roulante pour faire la cuisine. Hier, toute la compagnie, à l’exception de 8 hommes, arriva au front, et aujourd’hui, nous sommes retournés dans notre ancien cantonnement. Pour le moment, nous n’avons pas beaucoup de travail, seulement faire la cuisine pour 32 hommes.
Nous nous sommes fait photographier avec la cuisine roulante, et je vous en envoie ci-joint 2 cartes [2 photographies]. Celui du milieu (un sous-officier) est aussi parti.
Vous pouvez lire dans le journal que par ici on combat chaque jour. Les Russes ont percé à certains endroits, mais ils ont été repoussés en partie.
Comme vous me l’écrivez, vous ne pourrez bientôt plus m’en obtenir nulle part [du tabac ? ou autre denrée].
Vous n’avez plus besoin, provisoirement, de m’envoyer autant de choses. Du tabac ou des cigarettes, ce qui me plairait le plus, vous m’en envoyez trop peu, car ici, on ne peut plus trouver nulle part quelque chose à fumer.
Si vous aussi, vous ne pouvez plus recevoir de quoi fumer, alors écrivez-le moi. Je vais tacher de m’en faire envoyer de quelque part ailleurs.
Vous pourriez aussi m’envoyer une paire de chaussettes russes [ ?].
Je vous ai fait envoyer par un camarade 2 paires de bas et 2 boîtes vides, vous pouvez m’écrire si vous les avez reçues.
Je vous aurais envoyé moi-même ces affaires, mais comme nous avons du partir si soudainement, je n’y suis plus arrivé.
Sinon, je vais toujours bien et j’espère qu’il en est de même pour vous.
Je vous salue de tout cœur,

Eugène

Ci-joint 2 cartes [photographiques]







Lettre n°42

Galicie, le 24.7.1916

Chers parents,
J’ai reçu avec plaisir votre lettre du 17 de ce mois et je vois que vous allez toujours bien, ce qui est aussi le cas pour moi.
Si vous voulez que je vienne en permission, vous devez vous-même adresser une demande, car à partir d’ici, cela dure beaucoup trop longtemps, car ici, cela doit passer d’un endroit à l’autre, ensuite encore à Mulhouse, et puis revenir ici et faire encore une fois le même chemin.
Autant que je le sache, les autres ont fait légaliser leurs demandes à la mairie aussi bien qu’à la direction du district, et ensuite cala doit être envoyé à la compagnie, d’où cela sera ensuite réglé plus loin. En fait, vous devez le savoir mieux que moi, puisque vous avez déjà déposé aussi une demande pour Marcel.
Je n’avais plus reçu de paquets depuis longtemps, jusqu’à hier, où j’en ai reçu 7 ensembles, jusqu’au n°37 ; probablement, le courrier était de nouveau bloqué.
Vous pouvez aussi m’envoyer 20 MK. Si cela va dans une lettre recommandée, mais envoyez-le moi tout de suite, afin que je l’aie dimanche en 8.
Aujourd’hui, l’autre cuisinier va revenir de permission. Je vous écrirai comment cela se passera alors..En attendant, je vous salue de tout cœur,

Eugène

Salutation à Sœur Octavienne






Lettre n°43


Poste aux armées

Le 11.09.1916
(Lettre à Marcel, à Lötzen)

Cher frère,
Par la présente, je te fais savoir que demain je pars pour le front à la 1ère division de réserve.
Je t’enverrai mon adresse, aussitôt que possible.
Te salue,

Eugène







C'était la dernière lettre d'Eugène B. en notre possession. Nous avons retrouvé quelques lettres de ses parents ou de son frère qui sont revenues avec la mention "retour-disparu".

Il faut attendre la première lettre qu'écrivit Marcel B. (le frère d'Eugène) à sa fiancé vivant en France (une lettre en 4 ans !) pour savoir ce qu'il est devenu d'Eugène B.

Je vous en livre un morceau choisi, le reste étant purement personnel...




Lettre n°46

1ère lettre de Marcel B. (frère d’Eugène) à sa fiancée Marie F. depuis 4 ans…
21 novembre 1918
(Extraits)

[…] Alors on avait tant de la peine pour Eugène, parce qu’il était dehors. Quand il avait été blessé la seconde fois, nous pensions qu’il va être libre de service.
Mais à peine guérit, il a reçu la permission d’aller voir notre famille et peu de temps après il était obligé d’aller contre les russes, où on l’a fait prisonnier de guerre [septembre 1916, date des dernières lettres et date de sa capture]. Ça durait deux mois jusque nos chers parents ont reçus les premières nouvelles de lui. Tu peux bien penser comme ça nous faisait souffrir tous, de vivre ainsi dans l’incertitude ; mais alors quel plaisir d’entendre qu’il est fait prisonnier de guerre. Notre joie devenait encore plus grande lorsqu’il nous écrivait de la France […]. Mais notre joie se changeait bientôt en grande douleur, lorsque nous recevions la très triste nouvelle de sa mort [décès en captivité, à l’hôpital mixte de Saint Étienne, France, le 4 décembre 1917, raison inconnue –d’après l’acte de décès-]. C’était pour nous une perte irréparable […]

NB : texte original en français






Ainsi donc, Eugène B. fut fait prisonnier par les troupes russes en septembre 1916, transféré (pour quelle raison ? était ce une pratique courante ??) en France, où il décède en décembre 1917...

Voila sa Grande Guerre, perçu au travers de son courrier, livré mot pour mot...
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